On connaît Mark Guiliana pour avoir tenu les fûts de Blackstar, ce testament de Bowie. On le connaît surtout pour sa magnifique technique, son contrôle des dynamiques, sa façon de faire dialoguer jazz et musiques électroniques.

Le phrasé de Guiliana pourrait tenir en quatre choses : une grille régulière, des notes fantômes en trame, des accents rares, et des variations par déplacement plutôt que par ornementation. Le résultat est un jeu très contrôlé qui garde la souplesse d’un batteur de jazz. Son phrasé fonctionne comme une écriture de motifs. Une phrase est une cellule rythmique complète, avec un début, un contour et une façon de se répéter. Elle ressemble à un riff ou à un sample plus qu’à un fill ou à un solo. Cette approche vient de sa familiarité avec le hip-hop et le drum’n’bass, où le break est la matière même du morceau.

Beat Music 2.0 est la suite attendue de Beat Music! Beat Music! Beat Music! (2019) : huit titres, une console en veille qu’on rallume.

Dès le nom des morceaux, le ton est donné. "B.ang", "P.lay", "B.eat", "D.rum", "B.orn", "W.est", "M.ove", "J.ohn" : des mots de quatre lettres, un point en plein milieu, comme des commandes tapées sur un clavier d’arcade. L’album s’enveloppe d’un univers 8-bit presque psychédélique signé Stu Brooks, bassiste de la bande, qui dessine pixels et personnages pour accompagner la musique. Le gaming n’est pas ici un clin d’œil, c’est une grammaire : commandes simples, réactions instantanées, boucles qui s’emballent et des réminiscences (Pong, Arkanoid, Castlevania, Gradius, Ghosts’n Goblins…). Mais le piège serait de n’y voir qu’une cartouche rétro. Guiliana joue le beat comme on le programme, avec la précision d’un séquenceur et c’est cette tension entre rigueur numérique et geste humain qui fait tout le sel du disque.

Un son très clair, soigné, qui laisse entendre beaucoup. Les nappes massives de synthétiseurs et les structures programmées de Nicholas Semrad donnent sa couleur au disque, avec une vraie chaleur sous la surface technique. Le groove est apporté par Stu Brooks et le complice historique Tim Lefebvre. La chanteuse Gretchen Parlato apporte un élément humain et mélodique au milieu de l’électronique, ce qui correspond aux moments les plus "romantiques" du disque.?Une suite à la hauteur de l’attente, rigoureuse, ludique et profondément musicale. Insert coin.