"Ich sage euch : man muss noch Chaos in sich haben, um einen tanzenden Stern gebären zu können." Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

On croyait HMLTD prisonnier de son grand-guignol, aussi génial qu’épuisant. West Of Eden (2020) multipliait les directions et nous perdait souvent. Trois ans après, The Worm, opéra-rock apocalyptique, l’orchestre de seize musiciens cède la place à Ableton : kicks four-to-the-floor et synthés rave remplacent timbales et violons, hurlements gutturaux et cris black metal remplacent la chorale gospel. Le groupe revendique un nouveau genre, la Götherdämmerüng, ou ÜberGöth, clin d’œil stylisé au "Crépuscule des dieux". Dont acte.

Le line-up a changé : Theo Spark et Andrei Martynchyk rejoignent Henry Spychalski et Duc Peterman. Autoproduit puis mixé par Clarence Clarity et Nicos Kennedy, le disque vise la trance et regarde notre époque ultra-capitaliste avec l’œil d’un gothique du XIXeme siècle. Mais c’est avant tout un travail de mélodiste. Sous la violence des kicks, les synthés dessinent des lignes sinueuses et entêtantes, et chaque titre porte un vrai refrain, souvent tordu mais mémorisable.

La nuit de sabbat convoque une nouvelle fois des esthétiques différentes. La coldwave des années 80 ("Dancing on Your Grave", "Shudder") offre des basses obsédantes et des mélodies glacées. La dark wave ("Close To You") joue sur le contraste entre grâce et noirceur, le cabaret sombre ("Chateau Vamp Freestyle") sur le sens du théâtre et de la scansion, le gabber ("Umami", "Blitzkrieg") sur la pulsation et la tension. Quant à "I used to ride in limousines", rockabilly passé à la moulinette d’un cauchemar électronique, c’est une méditation sur la paix à faire avec l’échec. Elle s’ouvre sur une citation de Nietzsche, puis déploie une mélodie plus tendre qu’il n’y paraît.

Reste à savoir si cette bascule électronique tiendra sur la durée ou si elle n’est qu’un nouveau costume. Avec HMLTD, la réponse est probablement : les deux. C’est ce qui rend le groupe (presque) indispensable.