Spectacle de Tito Clément, mis en scène par Laurent Malot, avec Tito Clément, Romain Budin.

Sur scène, un homme s'affaire à son atelier. Il s'appelle Stanislas (Tito Clément) et se fait d'emblée didactique : il est en train de bricoler pour la réouverture de l'Olympia, salle de spectacles mythique des grands boulevards parisiens qui a été rasé pour être reconstruit au même endroit mais théoriquement en mieux. Il fignole une "servante", c'est-à-dire une lumière sur pied qui reste allumée quand la salle est déserte.

On est en 1997 et Stanislas est l'homme à tout faire de l'Olympia depuis son premier réveil, au milieu des années cinquante, quand Bruno Coquatrix a fait le pari alors insensé de ressusciter ce temple du music-hall.

Tout a recommencé avec "Monsieur cent mille volts", le dénommé Gilbert Bécaud, un peu beaucoup au Purgatoire de cette chanson française qu'il a pourtant tant servi et rénové. Stanislas enfile alors sa deuxième casquette et entonne avec talent des extraits de chansons de tous ceux qui ont marqué les lieux, à commencer par Bécaud.

Tito Clément qui a écrit les textes mémoriels et les interprète sait redonner vie à la litanie des noms qui ont hanté les lieux. Il sera Monsieur Eddy, les swingants Jonasz et Nougaro, Aznavour et Brel évidemment et même Edith Piaf, sans oublier les monuments yankee de Frankie à Nat King Cole... Eclectique, capable d'interpréter tous les styles de chanson, il ne se prive pas de jouer les instrumentistes. A la trompette, il évoque Miles Davis et Louis Satchmo Armstrong.

Tito-Stanislas a ses têtes : il fera une très brève allusion à Sardou, pourtant tôlier des lieux, n'épiloguera guère plus sur Johnny. En revanche, il ressuscitera Jean-Michel Caradec, ce pré-Cabrel trop tôt disparu, rendra un hommage vibrant au trop méconnu Allain Leprest et donnera une version formidable du tube mélo de Gérard Berliner, "Louise".

Il faut souligner la présence, au fond de la scène, du pianiste émérite Romain Budin. Lui aussi, il reprend la tradition des accompagnants qui magnifiaient jadis les chanteurs rive-gauche, tel Gérard Jouanest pour Jacques Brel ou Paul Castanier pour Léo Ferré. En citant ce dernier, on ne peut s'empêcher de rappeler qu'il y avait ceux, à l'image aussi de Georges Brassens, qui préféraient Bobino à l'Olympia.

Tito raconte toute cette époque bénie de la chanson. Son texte est riche et retrace les grandes heures de gloire du music-hall français.

La mise en scène limpide de Laurent Malot et les lumières efficaces de Joël Legagneur donnent l'illusion que le Funambule-Montmartre s'est transformé par miracle en Olympia bis.

Ce petit moment supposé faire revivre les 40 ans de l'Olympia années Coquatrix-Boris est délectable. Jean-Michel Boris, qu'on vient de citer, a succédé à son illustre patron. Il avait commencé comme machiniste en 1954. Le personnage de Stanislas est donc un clin d'œil à celui qui fut le premier directeur de l'Olympia rénové.

Mémoire(s) de l'Olympia est un spectacle sans fausse notes, un exercice d'admiration salutaire, illuminé par la présence talentueuse de Tito Clément.