On connaît le scénario : le chanteur s’effondre, se tait, se reconstruit, puis revient. Opération des cordes vocales, une année entière de silence, et l’on pourrait tenir notre récit. Le problème avec les histoires de renaissance, c’est qu’elles peuvent facilement écraser le disque. S'il y a la promesse que chaque chanson a le goût d’une renaissance : c’est beaucoup demander à douze titres, et la question n’est pas de savoir si Thomas Kahn a souffert, mais si cela s’entend autrement que dans la brochure.

Car musicalement, Undertones ne cherche pas à bousculer quoi que ce soit. Soul organique, gospel, rock, esprit Nouvelle- Orléans, reggae en filigrane, basses profondes, orgues Hammond : la liste d’ingrédients est celle de tout un pan de la soul rétro des quinze dernières années, de l’écurie Daptone à ses innombrables épigones.

Le mélange a de quoi séduire sur le papier, mais il porte aussi le risque de l’inventaire : tout y est, mais qu’y a-t-il en plus ? Les références que Kahn revendique, Otis Redding, Lee Fields, Ben Harper, The Buttshakers ou encore Tiwayo font partie de la présentation de l’artiste depuis ses débuts, et l’on aimerait que ce troisième album s’en émancipe plutôt que de les rejouer.

L’argument de la conception "pensée pour le live" est à double tranchant. Il suggère de l’énergie et de la chaleur, mais il avoue aussi que le disque est peut-être pensé comme un répertoire de scène plus que comme un objet d’album. Quant à l’étape à Abbey Road, après l’Auvergne et les studios Bat Records et Black Stone, elle vaut surtout comme argument de communication. Le lieu ne garantit ni un son, ni une écriture.

Reste la voix, qui est évidemment l’enjeu central. Qu’elle soit revenue est une bonne nouvelle, et on lui reconnaît une vraie présence, une rondeur. Mais si la chaleur fait beaucoup elle ne fait pas tout.

Undertones est sans doute un disque sincère, solidement interprété, avec des qualités de composition et qui fera honneur à la scène. On attendait de lui, cependant, davantage qu’un retour réussi : une raison d’exister au-delà de l’histoire qu’il raconte.