Peu de chanteuses arrivent à un premier disque avec un tel parcours. Ekep Nkwelle a chanté à Newport, à Carnegie Hall et à North Sea Jazz, a collaboré avec Wynton Marsalis et Dee Dee Bridgewater, sans avoir encore enregistré d’album.
Cette maturité s’entend dans Caged Bird : à 27 ans, elle livre un disque remarquablement sûr de lui, qui fait déjà penser à une longue carrière.
Le disque est pensé comme un voyage de la peine vers l’élan. Pour elle, ces chansons sont un recueil de souffrance et de survie : elles expriment une plainte nécessaire, puis donnent des moyens de la traverser : la foi, l’art et la communauté. L’interprétation doit donc tenir deux choses ensemble, le deuil et la consolation, sans tomber dans le pathos ni dans l’optimisme facile. On pourra dire que sa technique permet l’expression sans s’imposer.
Le début du disque donne le ton. Elle enchaîne le gospel "His Eye Is on the Sparrow" et le "Caged Bird" d’Abbey Lincoln, comme une mini-suite qui relie un hymne spirituel à une déclaration plus moderne et politique. Dans le superbe "Caged Bird", l’émotion passe par la suggestion plus que par l’effet : elle choisit une approche minimaliste, avec des vocalises sur un battement de batterie de Brian Richburg Jr. et de piano par Julius Rodriguez. Le répertoire puise clairement dans l’héritage musical afro-américain, gospel, jazz, R&B et blues.
Le choix du dernier titre est révélateur. "See See Rider" est un blues classique et direct, mais entre ses mains et celles de son groupe, il paraît frais et joyeux, loin de l’usure du standard. Après les lamentations du début, la sortie de ce disque d’une grande intensité, porté, par une voix boisée, nervurée, pleine de vie(s), par la joie répond à l’idée d’un chemin de la peine vers l’inspiration.
