Pièce de Alain Péron, mise en scène par Fanette Jounieaux Maerten, avec Chloé Boccara, Max Bousbib, François Marion et en alternance Anaïs Alric ou Patrica Perrault.
Pour certains, l'intelligence artificielle est peut-être la fin de la civilisation, celle où l'humain, par-delà le bien et le mal, était au centre d'un monde en constant développement pour parfois le pire mais aussi souvent le meilleur...
Mais l'IA est en train de redistribuer les cartes et Alain Peron en donne la preuve théorique, mais drôle, sous la forme d'un conte moral hilarant.
Ils sont quatre venus pour un rendez-vous médical dans un lieu sans personne que des machines pour les accueillir. Suite à une bisbille entre patients impatients, l'IA, toute-puissante s'en mêle jusqu'à l'absurde : les voilà coincés sans promesse de sortie dans une salle d'attente à la merci du bon vouloir obtus et technocratique d'une entité qui n'obéit plus à ses créateurs...
Jean-Paul Sartre, s'il revenait aujourd'hui, en aurait fait l'argument d'un "Huis Clos" rénové. Car ici, à cause de l'IA, "L'enfer, c'est vraiment les autres".
Sauf que "La Fin de la civilisation" est une comédie optimiste qui fait tout pour que son titre soit démenti. Au départ, il n'y a rien de commun entre un vieux pêcheur à la ligne (Max Bousbib), une jeune femme sûre de ses bons droits et qui monte vite sur ses grands chevaux (Chloé Boccara), une vieille fille revêche et raciste (Anaïs Alric en alternance avec Patricia Perrault) et un défenseur naïf et servile de l'IA (François Marion).
Âges, situations sociales, idées politiques et appartenances religieuses, ils ont tous pour se chamailler quand l'IA les piège... Pourtant, peu à peu, ils se racontent, s'entraident, compatissent... et comprennent qu'ils doivent agir ensemble contre l'ennemi inhumain commun...
Alain Peron réussit sans démagogie à recréer de la solidarité entre ses personnages après avoir postulé qu'ils étaient trop différents pour y parvenir. La mise en scène rythmée et astucieuse de Fanette Jounieaux-Maerten lui permet d'aller vite en besogne et de résoudre tous les problèmes qui auraient dû rendre sa tâche impossible.
La cause est entendue et sera sans appel : les humains, s'ils sont à l'unisson de ce quatuor attachant, triompheront du monstre artificiel qui n'est pas si intelligent que ça.
Une leçon d'espoir, une belle brochette de comédiens qui s'amusent avec un texte bien troussé, des spectateurs qui rient et sourient sans que l'IA n'y soit pour quelque chose, "La Fin de la civilisation" est un joli moment qui réjouira dans une époque où les occasions de se réjouir ne courent pas les rues ni même les scènes.
