Spectacle de Jean-Baptiste Darosey et Stéphanie Gagneux, mis en scène par Stéphanie Gagneux, avec Jean-Baptiste Darosey.

C'est loin d'être la première fois qu'un p'tit gars issu de la ruralité lourdement accentué quitte ses vaches pour brûler les planches avec talent. Avant Jean-Baptiste Darosey, il y a eu Fernandel, Bourvil, Jean Richard et plus récemment et plus lourdement les Bodin's.

Et il ne faut pas oublier sa voisine, elle aussi franche-comtoise, Laurence Sémonin, la fameuse Madeleine Proust. Elle est du Doubs, il est de Haute-Saône, et il ne s'offusquera qu'on puisse le définir comme son héritier le plus doué. En commun, un patois traînant presque vaudois, la fréquentation quotidienne des vaches laitières, un entourage haut-en-couleurs et souvent bas de plafond.

Jean-Baptiste, lui, y ajoute son soupçon "transfuge de classe homo" émule d'Edouard Louis ou de Didier Eribon. En plus, selon l'affiche de son spectacle, un côté Billy Elliot puisqu'il se sauvera de la traite des ruminants par la pratique de la comédie musicale.

Avant de prouver ses talents dans cette discipline exigeante, il aura dû franchir beaucoup d'obstacles. Il les évoque avec son franc-parler franc-comtois. Une mère aimante mais morte prématurément, dont la présence-absence le guidera constamment ; sept sœurs et un troupeau bovin encore plus fourni ; un père évidemment taiseux mais bio, adhérent à la Confédération paysanne et donc pas trop triste que son fils ne reprenne pas sa ferme et ne soit pas sous l'emprise de l'agro-business laitier...

Jean-Baptiste Darosey, avec sa metteuse en scène et co-autrice Stéphanie Gagneux, a choisi de ne pas se raconter de manière chronologique et surtout, en jouant tous les personnages qui l'ont entouré depuis son patelin d'origine. Il le fait très bien, évite tous les écueils attendus et suscite beaucoup d'émotion et de rires sans se moquer jamais des esprits pas très vifs, de tous ces braves gens relégués dans les zones blanches où se sont les vaches qui sont les plus folles.

Aguerri à la scène, qu'elle soit petite ou grande, Jean-Baptiste Darosey met vite tout le monde dans sa poche généreuse. Il a un charisme naturel et sait ne pas abuser de la sympathie qu'il dégage. Il se garde de l'emphase caubérienne et ne prétend pas prouver qu'il est déjà le très grand comédien qu'il deviendra.

Et comment ne pas aimer un spectacle qui s'achève par une chanson magnifique d'Anne Sylvestre, celle que préférait la maman de Jean-Baptiste, prouvant qu'elle avait bon goût et que son fils s'est bien nourri au sein de "cette sorcière comme les autres"...