Seul en scène de Max Millet, scénographie de Armand Muller, avec Max Millet.

Tout commence mal, même le spectacle de Max Millet, avec un prologue qu'il ne gardera pas quand il aura pris un peu plus d'assurance. Tout commence mal puisque le suicide n'est pas loin. Qu'il y a des signes qui ne trompent pas, comme cet attirail que l'auteur-acteur ne trouvera jamais chez Ikea. Il faut d'abord le monter pour après le démonter et le détourner. Ce sera l'objet du spectacle. Cinquante minutes pour trouver les ressources qui persuaderont Max Millet que son titre a valeur de loi, que la vie en vaut forcément la peine. Surtout quand on a son talent, les prémisses d'un grand talent.

Aussi à l'aise avec les paradoxes astrophysiques qu'avec les grands textes qu'il saura s'approprier comme si c'était lui qui les avait écrits,

Max Millet n'a rien d'un plagiaire. Il aime ce qui est beau en littérature. Pourquoi, alors, se priver de Dostoïevski ou d'Aragon, qu'il dit si bien, avec une émotion qui gagnera vite son public.

Il a la verve poétique et l'envie du burlesque. A l'image des meilleurs moralistes qui osent la scène. Et en plus, il est modeste. On le rangera aux côtés d'aînés qu'il ignore peut-être, mais qu'il aimerait s'il les connaissait : Yves Cusset, Gauthier Fourcade. Il a l'avantage sur eux de ne pas encore savoir qu'il aura bientôt un public de fidèles. Eux, ils ont mis plusieurs seul-en-scène pour retrouver la naïveté de leur premier. On souhaite à Max Millet, une fois sa réputation faite, qu'il puisse garder la même fraîcheur que dans "Que la vie en vaut la peine". Cette manière naturelle bien à lui d'emmener son spectateur dans un autre monde, le sien, pendant quelques dizaines de minutes. Une fois passée la fausse-piste initiale, plus rien n'est à jeter. Son élan et son plaisir de jouer s'unissent pour qu'il crée un moment unique de partage.

Pas la peine d'en dire davantage ni de survendre un artiste déjà complet pour qui un avenir évident se profile. C'est donc sans modération qu'il faut savourer "Que la vie en vaut la peine" et se permettre la facilité attendue : Max Millet, lui, vaut vraiment la peine d'être vu.