Black Dice n'est pas du genre à faire la couverture du NME aux côtés de The Rapture ou Yeah Yeah Yeahs. Certes le groupe est new-Yorkais (qualité à la mode), jeune (23 ans en moyenne). Cependant, ce groupe n'a pas dégoté LE single rock tubesque prêt à être bombardé sur Le mouv'. Quatuor de musique expérimentale, proche de Jackie O'Motherfucker ou de Godspeed You! Black Emperor, voilà des références qui rassurent. Autant le cd s'avère inaudible après trois pistes consécutives, autant leur prestations scéniques sont époustouflantes : atmosphériques, psychédéliques. Après un show remarqué au festival de Dour, le groupe répond à nos questions.
Vous êtes connus en live surtout par vos set d’un seul morceau, tenant en haleine le public. Pourquoi vouloir délaisser le format chanson ?
En fait, nous jouons trois morceaux sur scène. Je ne crois pas qu’il existe un format « chanson » prédéfini, dogmatique, avec des règles disant : trois minute trente, couplet, refrain. Pour nous les morceaux que nous jouons sont des chansons. Mais c’est vrai, pour le public, ils sont déroutants, car notre façon de voir nos chansons est singulière.
Sur scène, le public peut être amené à penser que vos show sont de la pure improvisation, ce qui pourrait dévaloriser votre travail.
Oui c’est vrai. Mais chaque concert est issu d’un long
travail. Rien n’est fait au hasard. Enfin, si, les transitions sont de
l’impro. En fait, on qualifie notre musique d’expérimental,
et les gens pensent que du coup nous expérimentons tout le temps. C’est
faut, improvisation et expérimentation ne sont pas synonymes, un peu
comme un type dans un laboratoire, il essaye des trucs, mais il sait parfaitement
ce qu’il fait, et anticipe le résultat. Nous en studio, nous expérimentons
des sons, les uns avec les autres. Des fois ça colle, d’autres
fois l’expérimentation n’est pas concluante.
En fait quand vous regardez bien sur scène, on peut facilement constater
que nous n’improvisons pas. A aucun moment l’un de nous ne se détache
de son instrument, ne lève la tête attendant un signe de l’autre.
C’est l’oreille qui fait tout. Le signe est auditif.
Comment fonctionnez-vous dans le processus de création des morceaux ?
Oh, un peu comme tous les groupes, chacun arrive avec un son et dit : « c’est pas mal ce son, on pourrait l’intégrer dans tel morceau… ». Mais cela nous arrive aussi de créer ensemble. A la différence des groupes pop, nous ne discutons jamais avant un morceau de la direction qu’il pourrait prendre. Nous laissons nos sentiments dominer nos machines, la relation est directe, elle n’a pas besoin d’intermédiaire.
Quels sont les influences de Black Dice ? La presse vous compare à Jackie O’motherfucker, à Godspeed you ! Black emperor, et cite volontiers Can, Sonic Youth…
Nous ne parlons jamais musique quand nous écrivons des morceaux. Personne n’arrive avec un disque et dit « j’ai écouté ça, je voudrais vous le faire découvrir, je crois que ça pourrait nous intéresser pour le morceau que nous sommes en train d’écrire ». Nous essayons de faire notre musique.
La ville de New-York, son enfermement, sa moiteur, semble vous avoir influencé…
Nous croyons en la providence. Ailleurs nous aurions été un autre groupe… Nous somme new-yorkais, et cela a un sens. D’ailleurs, nous évoluons même au grè de nos lieux d’enregistrement à New-York. L'album a mûri dans trois lieux différents, et cela se ressent dans les morceaux. Nos idées sont influencées de toute façon par l’atmosphère ambiante, qui modifie la façon dont nous jouons, plus ou moins agressive, des chansons plus ou moins courtes…
Quels sont vos projets ?
Nous avons déjà commencé ce mois-ci à enregistrer le nouvel album. Un single avec face-B (extrait d’une B.O.) va sortir sur DFA en août. Nous voulons enregistrer vite car nous évoluons vite. Si on a une chanson avec tel instrument, il n’est pas certain que nous jouions de ce même instrument le mois suivant.
Pourquoi avoir signé chez DFA qui n’évolue pas dans le même univers musical que vous, contrairement à votre label européen, Fat Cat, plus porté sur la musique expérimentale ?
Nous avons décidé de travailler avec DFA parce que nous sommes devenus amis avec le staff. Au départ, c’est donc une question d’opportunité. Mais cela serait à la fois trop facile et trop naïf. En fait, DFA en nous supportant a montré une rare ambition, et en discutant avec eux nous avons compris que leurs objectifs étaient semblables aux nôtres. Ils ont une idée forte de la musique. Par ailleurs, quand nous avons signé avec DFA, personne ne parlait comme eux de notre musique, et personne n’avait la même idée de la manière dont devait être tenu un label. C’est ce qui nous a plu. De même chez Fat Cat, ces gens sont supers.