Notre Institut préféré semble avoir établi une règle tacite : tous les 5 ans, ils sortent un album.

2011 pour Ils étaient tombés amoureux instantanément, 2016 pour Spécialiste mondial du retour d’affection, 2021 pour L’effet waouh des zones côtières et donc 2026 pour l’album qui nous intéresse aujourd’hui, sorti en octobre : Changer de paradis, tout simplement.

Une chose est sûre, en 15 ans le groupe Institut a gardé le cap tout en améliorant le concept génial de leur pop qui mélange mélodie impeccable et arrangements élégants avec une sorte de spoken word entêtant, caustique et plein d’humour... noir pour croquer notre société dans ce qu’elle a de plus pathétique.

Arnaud Dumatin a une plume toujours plus aiguisée et dézingue à tour de bras. C’est à la fois sombre (si on projette ce regard sur une société actuelle qui part à vau-l’eau) et à la fois assez jouissif (car c’est magnifiquement bien croqué, bien écrit) et surtout incisif et drôle.

Arnaud Dumatin est bien évidemment accompagné de ces 2 complices de toujours Nina Savary et Emmanuel Mario, ainsi qu’un mystérieux Boum Boum sur quelques chansons qui offre un décalage certain entre sa voix juvénile et les textes qu’il chante.

Toujours plus percutant, les pinces-sans-rire de Institut s’attaque avec toujours autant d’élégance et de poésie (moderne, certes) au monde moderne et ses travers. Du télétravail en Bretagne aux influenceurs en passant par la cryptomonnaie. Tout y passe. Et que dire de "Il a eu sa revanche sur les sports collectifs"  absolument délicieux (sans spoiler, cela parle de Staline) et grinçant. "Moi personnellement, je suis une littéraire" est aussi un petit bijou, que l’on imagine écrit après avoir laissé traîner quelques oreilles indiscrètes dans quelques soirées parisiennes (d'ailleurs, on soupçonne Institut de laisser souvent traîner les oreilles et d'avoir un talent particulier pour croquer notre monde). Mais il y a aussi des morceaux plus poétiques comme sur ce morceau qui ferme l’album et donne son titre au disque "Changer de paradis, tout simplement"  chanté par la toujours classieuse Nina Savary.

Institut est un groupe à part dans l’univers de la musique française, que l’on pourrait ranger quelque part entre les trublions Hyperclean et Les Mercuriales de Jean-Pierre Montal, voire, parfois à Astéréotypie, comme sur le single (sortie en 2023 mais qui n’est pas sur cet album) "Et Hugh Grant qui n’est pas là"  chanté par Pia Dumatin.

Mais attention, si les textes sont percutants et rudement bien troussés, il n’en reste pas moins que Changer de paradis, tout simplement  est avant tout un disque de pop française ultra classe qui ne dénote pas dans la discographie de Institut, au contraire même c’est peut-être l’album le plus percutant et abouti aussi.