Chère Pola,

Ou plutôt devrais-je peut être t’appeler Mary, jeune musicienne drômoise pleine de grâce et de spleen.

Je t’écris cette lettre car j’ai eu de tes nouvelles récemment, par l’intermédiaire du label Osto, et je dois dire que mon étonnement fut égal à ma joie que de savoir que tu allais enfin sortir ton premier album.

Il faut dire que la route a été longue. Depuis 2015 et des débuts prometteurs chez We Are Unique Records qui nous avait promis tant et tant à propos de ton album à venir en 2016, puis 2017 pour finalement ne plus rien promettre et laisser place à un silence triste qui nous laissa sur notre faim.

La faute de personne, la faute à la vie, la faute aux emmerdes et à la fragilité des êtres humains.

Mais comme le roseau, fragile en apparence tu as plié sans rompre et te revoilà, enfin, avec 9 belles chansons folk sur ce premier album qui voit enfin le jour. Exit "delta" , ce titre de 2016 que nous avions reçu à l’époque, sous forme de démo, pour patienter et dont on a perdu la trace.

Mais tout d’abord, je profite de cette missive pour te remercier pour Ma part du ciel, ce EP sorti en 2023. Un disque prometteur, beau et fragile. 5 titres de toute beauté, comme une carte postale qui nous disait "je vais bien ne t’en fais pas"  en quelque sorte.

Quoi qu’il en soit aujourd’hui arrive enfin ton album, Dear Pola (pourquoi mettre un titre quand ce disque semble tellement ne faire qu’un avec toi, et incarne probablement une énorme partie de ta vie).

Cet album enregistré par Sébastien Guichard n’est pas un album live, pourtant j’ai appris que tu avais voulu l’enregistrer sans artifice, guitare et voix ; Jouer et chanter simultanément. C’est sans doute ce qui donne au disque cette douceur et cette fragilité d’équilibriste. Cela me fait penser à nos sessions chez Froggy’s Delight, pas de tricherie, juste de l’émotion.

Tu as quand même ajouté quelques textures discrètes par-ci par-là, pour apporter de la profondeur, de la rondeur à tout cela.

Dès le premier titre "Take Care",  on se croirait embarqué dans une bal(l)ade avec l’alter ego féminin de Nick Drake. De la pure beauté, de celle qui donne la chaire de poule même sous 30 degrés à l’ombre.

On pense aussi à Lisa Germano, Paula Frazer (Tarnation), Alela Diane. Autant de voix magnifiques qui savent ce que chanter ses émotions veut dire.

Que dire en effet de ta voix sur "Little things" ? Seulement le deuxième titre de l’album qui nous rend déjà tout chose. On sent sur chaque mesure, sur chaque mot, sur chaque vibration de tes cordes (vocales et de guitare) une fragilité qui sublime le morceau.

Citons aussi "The boundless blue"  sur lequel cette fragilité se fait encore plus présente, ta voix cristalline, tes doigts qui glissent sur les cordes de ta guitare ne sont que pure douceur et mélancolie.

9 titres seulement, mais quels titres ! Tant d’artistes n’arriveront jamais, au bout de leur carrière à nous émouvoir autant que tu le fais à travers ces 9 chansons (même 14, si on y ajoute les titres de ton EP).

On a envie d’écouter ces chansons encore et encore, de rester enfermé pour toujours dans ce cocon que tu as construit, pour toi sans doute d’abord, mais dans lequel on ne demande qu’à s’installer.

Alors, Dear Pola, même si tu te fais beaucoup trop rare, s’il te plaît continue de nous donner de tes nouvelles, continuer de chanter avec cette voix merveilleuse tes chansons incroyablement émouvantes. Tu n’as finalement besoin d’aucun groupe, d’aucun musicien pour sublimer ta musique.

Je te souhaite le meilleur pour la sortie de ce disque, je te souhaite un succès mérité, mais aussi de rester dans l’intimité de ton univers, je te souhaite d’être écoutée par les oreilles les plus fines et les coeurs les plus sensibles pour profiter de la beauté de ta musique.

Je te souhaite aussi que ta vie soit douce, au risque que tes chansons deviennent plus apaisées mais nul doute qu’elles ne perdront jamais leur âme et leur sincérité.

Au plaisir de t’entendre, encore, longtemps.

Amicalement,