C'est dans une salle de répétition du Fil, la SMAC de Saint-Etienne que j'ai pu échanger avec Lucas et Maxime, les deux musiciens de Salut L'Orage, duo rock stéphanois. Vous le savez en lisant ces lignes, je suis fan depuis que je l'ai ai découvert en première partie de 111 à Lyon. Ils sortent un nouveau titre, aujourd'hui même, 25 septembre et nous annoncent de belles choses, mais je leur laisse la primeur de le faire.

Première question qui est toute bête, mais est-ce que vous pouvez déjà vous présenter ?

Lucas : Enchanté, moi c'est Lucas, guitariste chanteur sur Salut L'Orage.

Maxime : Moi c'est Maxime, je suis à la batterie dans Salut L'Orage.

Pourquoi avoir choisi ce nom de Salut L'Orage ?

Lucas : Premièrement on chante en français, donc on voulait un nom français. On voulait un nom de groupe avec deux mots parce qu'on est deux sur scène, deux à composer, etc. C'est vraiment l'identité artistique du projet donc c'était important qu'on le marque dans le nom. Les textes parlent un petit peu de comment on se construit en tant que jeunes adultes dans le monde d'aujourd'hui. Avec les côtés positifs, les côtés négatifs. Tout ça s'entremêlent un petit peu, c'est ce qui représente l'orage. Et le fait de dire salut était à la fois de l'accepter et d'avancer avec et en même temps, le salut de "salut chaos laisse-moi tranquille".

On va imaginer Lucas que tu trouves un médiator magique et toi, Maxime une baguette de batterie magique. Et grâce à cette baguette et à ce médiator, vous pouvez aller en studio ou sur scène avec n'importe quel musicien mort ou vivant. Qui choisissez-vous ?

Long silence.

Maxime : C’est dur.

Lucas : Kurt Cobain.

Maxime : Je dirais Mathieu Chedid.

Lucas : On peut faire un mort et un vivant ?

On peut !

Lucas : Alors en vivant Bad Bunny.

Maxime : Je dirais un autre vivant : Matthew Bellamy, le chanteur de Muse.

Lucas : Tu n'es pas trop dans le passé.

Et vous considérez que ces musiciens sont vos influences majeures ?

Lucas : Non. (Rires) Enfin si, du Nirvana dans Salut L'Orage, on en retrouve un peu dans le sens où lui s'accompagnait à la guitare puisque il n’avait pas vraiment de riffs, il n'y avait pas des parties de guitare hyper importante, c'était vraiment de l'accompagnement et du son, etc. Des choses que je fais beaucoup dans Salut L'Orage. Et c’est aussi un groupe qui a aussi influencé nos influences. Et Bad Buddy, c'est plus le kiff de ces morceaux de la liberté artistique qu'il a trouvée.

Est-ce que le petit Lucas et le petit Maxime avaient envie d'être musicien ou aviez-vous des idées de carrière totalement différentes ?

Maxime : (rires) Petit à quel âge ?

En primaire par exemple ?

Maxime : Depuis le collège.

Lucas : Oui, même avant je pense…

Alors justement tout à l'heure tu disais que vous étiez un duo, et je me suis fait la réflexion que vous étiez un peu comme The Inspector Cluzo, guitariste et batteur ou un autre duo qui est 100 % féminin CopyCat, que vous connaissez peut-être. Et j'ai vu que vous alliez jouer je crois avec Edgar. C'est un duo aussi. C'est "imposé" ou volontaire ?

Maxime : Un petit peu des deux.

Lucas : On a eu d'autres groupes ensemble avec d'autres personnes. On avait un groupe, on était 4 et un groupe où on était 3. Et on s'est retrouvés à deux après le Covid parce qu’il y en a qui ont voulu aller faire autre chose. A ce moment-là, on aurait pu chercher quelqu'un d'autre. Et on a vraiment fait le choix de rester à deux parce qu'on n'avait pas envie de perdre trop de temps. On savait que nous, humainement et musicalement et au niveau des ambitions professionnelles on était aligné. Et j'ai découvert des groupes à cette époque comme Kokomo ou Royal Blood et on s'est dit que c'était possible.

Maxime : Il y avait un petit défi aussi.

Lucas : Tout est plus facile. On savait aussi que ça allait être plus facile et plus rapide de se professionnaliser. Parce que quand tu es deux, le coût plateau de ton show est forcément moins élevé que quand tu es quatre. C'était un vrai atout et après il y a aussi la facilité pour caler les choses.

Maxime : Les dispos.

On va parler de votre musique quand même parce qu'on est là pour ça. Comment ça se passe au niveau de la composition ?

Lucas : On fait vraiment à deux. Principalement on va dire à 90 %. On fait ça chez moi dans mon appart, il y a deux enceintes sur un bar dans la cuisine. On branche l'ordi. On ne compose pas trop en répèt. C'est arrivé qu’on cale 2 ou 3 idées, mais c'est rare.

Maxime : C'est rare qu'on aille au bout de l'idée complètement en répèt. Même jamais en fait.

Lucas : En général, on se met vraiment derrière l'ordi on part souvent de la guitare, ça arrive qu'on se dise il nous faut un truc pour le live, tel tempo avec la drum et on part de la drum. Mais généralement, on part quand même de la guitare. On enregistre la guitare, Maxime enregistre la batterie et du coup, ça nous permet de directement écouter ce qu'on a fait. De se mettre à la place du public, qui pourrait découvrir la musique, et c'est beaucoup plus facile de trancher sur des choix de structure.

Typiquement, vous composez pour le concert.

Maxime : Ça dépend ! Dernièrement, c'est un peu plus partagé.

Lucas : Au début, on n’a on a pas forcément chercher à composer pour le live. On a fait beaucoup de compos dans pleins de style, en restant rock.

Maxime : Dans des directions différentes.

Lucas : Voilà, des directions différentes pour vraiment trouver l’ADN du projet. Après on a trouvé l'identité artistique qu'on voulait développer. Et là, après on a créé un petit peu pour le live quand même parce qu'on voulait développer le projet par la scène. On savait qu'on allait faire des concerts avant de sortir des morceaux. Et là maintenant on compose aussi en pensant potentiellement album.

Il y a un titre qui me semble très autobiographique, c'est "De la base au sommet". C’est toi, Lucas qui composes les paroles ?

Lucas : Oui.

Tu t'inspires de ta vie et tu brodes un peu autour ?

Lucas : Non, en général il y a beaucoup de personnel dedans, après parfois je caricature un peu. On part toujours de la musique d'abord. On compose la musique, je fais les mélodies dessus et après j'écris. Je n'écris pas d'abord les textes qu'on adapte sur la musique, c'est plutôt l'inverse. Et donc ça part quand même de ce que le morceau m’inspire en termes d'ambiance et d'énergie. Et après, une fois que j'ai le thème, je développe et je puise pas mal dans ce que je vis ou dans ce qu'on vit à deux.

Tu l’as dit d'emblée, vous chantez en français, pourquoi le choix du français ?

Lucas : J'ai toujours fait des chansons très jeunes, dès le collège, et je ne parlais qu'une langue. (rires). Donc français. Et aussi parce qu’à la maison, on écoutait beaucoup de français. Moins chez Maxime, par exemple. J'ai vraiment eu cette influence-là de la chanson. Quand j'ai grandi, ce qui m'intéressait, c'était de faire des chansons et comme je maîtrisais le français, j'ai gardé le français et ça a toujours été comme ça et je ne me suis jamais vraiment posé la question.

Après plusieurs interviews avec des groupes qui chantent soit en français soit en anglais, il ressort, et vous allez me dire si vous le ressentez aussi, que chanter en français quand on est en France, c'est beaucoup plus risqué.

Est-ce que ça vous met une pression supplémentaire ou à l'inverse, ça vous libère ?

Lucas : Cela met une pression supplémentaire. Je suis très attaché à l'écriture, j'ai beaucoup lu, c'était important pour moi donc je me prends beaucoup la tête quand-même sur les textes, c'est vrai que si c'était en anglais je pense que je me prendrai moins la tête.

C’est ça aussi qui crée cette osmose qu'on voit avec le public.

Lucas : Oui et j'aime écrire. Et je pense que c'est un des atouts aussi du projet maintenant d'avoir le chant en français.

J'ai vu passer sur les réseaux sociaux qu’il y avait plein de choses qui arrivaient. Est-ce que vous pouvez nous en parler un petit peu ?

Maxime : Il y a déjà un prochain single qui arrive le 25 septembre. C’est bientôt. C'est le troisième qu'on sortira cette année et il va faire partie de notre premier EP qui arrive le 29 janvier 2027.

C’est une consécration ? Un aboutissement du travail fait…

Lucas : Non, c'est une première pierre. On a commencé qu’avec des singles parce qu’on n'avait pas les épaules financières et de réseau et de niveaux de développement pour défendre un EP. En tout cas de notre point de vue. On a fait que du single et ça a marqué une période du projet. Et là, on est content de maintenant avoir la possibilité de passer à l'étape d'après avec un premier disque.

Il y aura une sortie physique ?

Lucas : Oui, a priori.

On en parlait avec Michael Furnon lors du Foreztival, et il remarquait qu’aujourd'hui on a l'impression que les jeunes artistes sortent des titres sur les réseaux très souvent. Est-ce que le fait de vous mettre sur les réseaux sociaux, de les utiliser comme ça et de faire des singles, cela permet de justement sortir plus de titres ?

Lucas : Si on te donne une enveloppe de 5000 euros, si tu fais un EP, tu vas mettre tes 5000 euros dans ton EP. Tu le sors et voilà, il est sorti et tu as eu une actualité. Alors que si tu mets 1000 euros par single et que tu en sors un tous les 2 mois, tu as 10 mois d’actualité. Et tu as aussi 10 mois de prétexte à communiquer sur tes réseaux sociaux, à solliciter des pro, démarcher pour des concerts.

Et justement, les réseaux sont devenus un outil incontournable pour les musiciens pour se faire connaître ?

Lucas : Oui. Il y a des artistes qui en sortent un petit peu mais ils sont déjà connus. Et ceux qui ne sont pas connus et qui n'y sont pas c'est dur. Il y a peut-être des ficelles qu’on ne connaît pas mais je ne sais pas trop comment on peut s'en passer en tout cas. Il y a des gens qui testent leurs titres comme ça, ils les mettent sur les réseaux sociaux d'abord et ils voient les réactions avant de les sortir vraiment. On ne l'a pas fait parce qu'on estime qu'à partir du moment où on communique sur un titre, c'est qu'on en est sûr. Mais oui, sur les réseaux sociaux parfois on a l'impression de passer plus de temps à faire de la com que de la musique.

Et ça veut dire qu'il faut que vous ayez une double corde à votre arc, faire de la musique, et ensuite organiser votre com, je présume, que vous êtes tout seul pour tout faire.

Maxime : Il n'y a pas trop de choix.

Lucas : Pour l'instant.

Vous avez un univers visuel également qui vous est propre. Avec le K-Way et le dessin derrière. C’est réfléchi ?

Lucas : Oui c'est bien réfléchi. Une fois qu'on a fait la création musicale, on a réfléchi à comment on allait la transposer visuellement. Parce que c'est un truc qu'on aime bien, on avait plein d'idées par rapport au texte, au nom enfin tu vois Salut l’orage, ça faisait appel à plein de trucs déjà visuellement. Et on voulait avoir du merch rapidement sur les concerts. Donc on a d'abord commencé par le logo.

Maxime : Oui c'est ça. Et après on voyait plein d'idées de petits dessins.

Lucas : On a fait une liste. On savait à quoi on voulait que ressemble le rendu, on voulait que ce soit un peu un bordel de plein de petits trucs, avec une phrase, etc. Et après ce sont des gens de Sainté qui ont fait le graphisme, l'agencement des dessins.

NDLR : La phrase en question : Maintiens le cap dans la tempête, que je suis à deux doigts de me faire tatouer, mais c’est un autre débat.

Qu'est-ce qui tourne en ce moment comme morceau quand vous êtes sur la route ou quand vous êtes chez vous ? Un artiste du moment ?

Lucas : The Mentality.

Maxime : Oui on est tombé dedans. The Mentality, c'est un duo aussi, canadien qui a sorti un son il y a 2 ou 3 mois, je crois, au début de l'été. Et on est tombé dessus par hasard, je ne sais plus comment.

Lucas : Ce sont des potes d’un groupe qu'on adore aussi, qui s'appelle Cleopatrick, un autre duo et qui est, pour le coup, une vraie influence de Salut L'Orage. Et on est tombé dessus. Je sais plus comment, peut-être par les réseaux, il y a un titre qu’on a écouté je crois sur la plupart des concerts de l'été dans la bagnole.

Maxime : C'est ce qui a tourné. Moi, j'écoute beaucoup en ce moment, Aaron et Mary Jay.

J'ai vu que vous aviez fait beaucoup de concerts. Ça demande un sacré travail pour trouver les dates ?

Lucas : Cela fait 2 ans et demi qu'on tourne, on fait 30 dates par an on va dire à peu près. Donc oui c'est pas mal de taf. On collabore avec un tourneur sur Clermont. Il ne cale pas toutes les dates. On en fait aussi beaucoup de notre côté, on s'est un peu structuré.

Vous n'avez pas aimé la question de la baguette magique. Vous n'allez pas aimer l'avant-dernière question. On va imaginer que vous devez vous séparer. Pour un voyage d'un an, quel album vous offririez à l'autre qui rappellerait ou qui évoquerait votre amitié ?

Lucas : On fonctionnerait plus en playlist.

Maxime : C’est Bummer de Cleopatrick.

Lucas : On est même allés à Lille les voir en concert. En fait, ils sont tous canadiens et ils produisent pas mal de musique tous ensemble tout en ayant chacun leur projet. On a connu d'abord Cleopatrick et on est allé les voir à Lille et c'était fou et ça a été LA grosse influence musicale.

Maxime : Je pense vraiment que c’est le seul album qu'on a autant écouté l'un comme l'autre. On l’a écouté dans la bagnole et on a fait : "Wow ! C'est quoi ça ?".

Lucas : Les gens n'accrochent pas directement parce que c'est très agressif et spécifique avec des structures moins populaires, etc. Mais oui, ça dépote.

Maxime : Oui, on a fait une première écoute puis une deuxième écoute et on a fait ouais, puis les 5000000000 autres. (rires)

Lucas : Et on les a vus deux fois en concert quand ils sont passés en France.

Enfin, vous avez un message à faire passer, envie de dire quelque chose ?

Lucas : Suivez-nous sur les réseaux sociaux ! Salut L'Orage, partout, YouTube, TikTok, Instagram, Facebook. On est bien actifs, si vous voulez suivre les actus, c'est là que ça se passe.

Maxime : Tout est dit.

Lucas : Venez nous voir en concert, ça vaut le coup.

Je vous le confirme pour avoir vu ces deux garçons bourrés de talent trois fois en live. En plus, allez discuter avec eux, ils sont vraiment adorables et disponibles pour leur public. J’en profite pour les remercier encore une fois de m’avoir accordé du temps ainsi qu’à Lisa d’avoir rendu cette rencontre possible.