Texte de Bertrand de Roffignac mis en scène par Bertrand de Roffignac assisté de Carla Legay, avec Maximilien Seweryn, Louis Albertosi, Céline Cheene, Perrine Mechekour, Rodolphe Menguy, Charlotte Planchou, Nemo Chiffman, Victorien Bonnet, Carla Legay, Zakary Bairi, Matteo Lochu.

Est-on au théâtre ? Est-on dans un squat chic ? Dans un lieu, comme on dit aujourd'hui...

En plein Montparnasse endormi depuis Kiki et Scott Fitzgerald, pas loin du Rosebud et du Jockey, du Select et de la Coupole, tous ces noms qui ne disent plus rien à la majorité des moins de soixante ans (au moins), il y a la rue de la Grande Chaumière. Autre nom pour les nostalgiques. Jadis, des jeunes artistes y sortaient leurs crayons, leurs fusains ou leurs pinceaux pour s'exercer à y reproduire des corps. Au 14, se trouvait l'Académie de la Grande Chaumière, haut lieu des apprentis peintres. Maintenant l'Académie est devenue l'Anomalie et Bertrand de Roffignac en est le maître d'œuvre inspiré.

L'auteur-acteur y présente sa dernière création, "Grand peur et misère de la cinquième république", un spectacle radical et réjouissant à l'heure de l'eau tiède, dans un temps où les subventions baissent et où mieux vaut ne pas trop s'éloigner des dogmes dominants.

Bien entendu, dès le titre qui s'approche du "Grandeur et Misère du IIIe Reich" de BB (Berthold Brecht), il est clair que certaines bornes vont être franchies allègrement... Comment oser comparer une république créée par un général antinazi avec un troisième Reich germanique et de triste mémoire ?

Il ne faudra pas attendre trop longtemps pour comprendre comment on passe du cinéma à la bête immonde. Un producteur vs un réalisateur, avec au un pianiste centre du jeu. Des armes factices, des révolutionnaires de salon, des chansons de cabaret qu'on aurait pu entendre dans l'univers de Rainer Werner Fassbinder. De la fumée, des effets spéciaux stroboscopiques et colorés. De l'humour et du gore. Des hauts et des bas. Bertrand de Roffignac n'a pas peur, lui, de cette peur qu'il voit partout. Si on veut l'aider à vendre son spectacle iconoclaste et nécessaire, on dira qu'ici c'est la rencontre post-mortem de Berthold Brecht et de Jérôme Savary.

Dans une époque où le référentiel n'est plus à la mode, c'e sont là de bonnes références. Il faut y rajouter deux vieux indispensables pour chasser les svastikas kitsch et les uniformes SS trop bien coupés : Godard et Fassbinder.

Et dans ce chaos, ce brouhaha alerte et salvateur, il faut citer tous les comédiens de la troupe du Théâtre de la Suspension : Maximilien Seweryn, Louis Albertosi, Céline Cheenne, Perrine Mechekour, Rodolphe Menguy, Charlotte Planchou, Nemo Schiffman, Victorien Bonnet, Carla Legay, Zakari Bairi et Latteo Lochu.

Avec "Grand peur et misère de la Cinquième République", Bertrand de Roffignac conte la fin d''un monde (macronien), décrit la pente fatale où il peut inexorablent conduire. Mais peut-être reste-t-il un espoir que tout ça ne soit que le tournage d'un mauvais film qui ne serait lui-même qu'une scène d'un spectacle au programme de l'Anomalie...