Pièce de Paco Bezerra, adapté et mis en scène par Aurélia Lüscher avec Estelle Meyer.
Je meurs de ne pas mourir imagine le retour de Thérèse d’Avila, sainte espagnole du XVIème siècle, dans l’Espagne contemporaine.
À sa mort, en 1582, son corps fut démembré par l'Église, afin de disperser ses reliques à travers le monde.
Sous les yeux des spectateurs, Thérèse va se réapproprier tout à la fois son corps, sa voix ainsi que son désir.
Cette pièce, écrite par Paco Bezerra, fait de cette résurrection une fable mêlant le burlesque, le mystique et le politique.
Femme libre, Thérèse refuse, comme cinq siècles plus tôt, les normes imposées. Elle cherche à revendiquer la singularité de son rapport à Dieu et sa farouche volonté d'incarner sa foi.
Thérèse est tour à tour Sainte, femme de lettres, clocharde ou DJ, au cours d'une métamorphose mystique et spirituelle. Elle va, sous nos yeux, tenter sa propre reconstruction : retrouver l'intégrité de son corps, de sa parole, de son pouvoir d’agir et, in fine, de reprendre possession d'elle-même avec une folle énergie de résistance, voire de dissidence.
Sur la scène du théâtre de la Bastille, la mise en scène d’Aurélia Lüscher allie parfaitement le théâtre, le chant et la performance musicale, avec un décor partie prenante de la poésie qui s'en dégage.
Je meurs de ne pas mourir est un spectacle jubilatoire et un hommage vibrant au texte de Paco Bezerra, qui fut à sa parution interdit en Espagne. L'auteur mêle en effet le mystique et le sublime et la quête intime de Thérèse à la vision politique de son engagement.
La partition musicale de Deena Abdelwahed accompagne cette recherche de transe et de transcendance, jusqu'à l'apothéose finale.
En réincarnant Thérèse, femme plurielle, le spectacle fait se rencontrer les corps mystique, corps féminin et corps politique de cette femme hors normes.
Le jeu d'Estelle Meyer est époustouflant de justesse, d'énergie et d'humour. Elle incarne Thérèse de tout son être, chante, transformant sous nos yeux le corps sacré en corps vivant, en corps vibrant, et le public vibre à l'unisson.
Thérèse clot le spectacle avec cette phrase : "Celui qui désire tout obtenir doit renoncer à tout"... renoncer pour se réinventer !
