Rouen est la ville qui contient le plus de bars par habitant. La moyenne étant de un bar pour quatre cents personnes, Rouen gagne haut la main avec un bar pour quatre vingt habitants. Et oui, la culture normande de la boisson n'est pas qu'un mythe, on aime picoler, et alors !!
Par contre cette ville manque terriblement de concerts, n'ayant que trois salles à peu près valables, on comprend vite pourquoi. Alors la douce et gentille mairie offre la musique aux concitoyens et ce pendant tout le mois de juillet. Terrasse du Jeudi, c'est youpi. Bon je vous l'accorde, j'ai un jeudi de retard, les hostilités ayant commencé la semaine dernière… mais bon, la semaine dernière je n'étais pas en état, c'est tout.
Et cette semaine nous gagnons quoi de beau ? Six groupes jouent toute la soirée sur des terrasses de bars différents. Jeudi 13 nous avions droit à Suzanne, Sofa, Trio Mix-Up, The Jurry, Descasfari et en toute fin de soirée Da Silva.
Vous imaginez bien que tout seul je n'ai pas pu tout voir. De plus je n'aime pas vraiment les articles de concert où l'on parle de tonnes de groupes pour ne rien en dire. Alors je vous propose une terrasse du Jeudi Gonzo, une virée bête et méchante dans le Rouen pas si rock and roll que cela.
Le tout a bien sûr mal commencé : j'ai acheté de nouvelle chaussures hier, des boots façon santiag avec un petit talon haut et arrondi, deux petites beautés en cuir, neuves de plus. Mais voila où est la souffrance, mes pieds en sang dans des chaussures neuves, longue distance à marcher. Alors me voilà à déambuler dans les rue comme un parfait éclopé, un Keith Richard manière pirate et la jambe de bois mais sans le magnétisme sexuel.
Décision du soir : aller voir The Jury à l'Espiguette pour deux bonnes raisons : le nom sonne plus que celui des autres groupes (Sofa… super), et l'Espiguette a une superbe terrasse. C'est celle de la place Saint Amant , à deux pas de la mythique Taverne … Enfin bref, le tout est d'y arriver sans péter une semelle, une heure avant le début du concert au bas mot, pour être sur d'avoir une place assise. Une heure durant laquelle l'on aura pu constater que les terrasses du jeudi sont devenues le jour de sortie des petites familles et des cas sociaux, fumeurs de joints en grasse quantité, à la mine noire et l'haleine alcoolique.
Toutes les personnes que l'on croise se trimbalent des paquets de bière, prêtes apparemment à passer une bonne soirée comme un jour de finale de foot.
The Jury alors, premier set à 19h15, concert qui se sera limité pour moi à un concert de cul. Des paires de fesses par centaines avaient investi mon chant de vision, pensant avoir pris la meilleure place assise, nous avons été punis à grand renfort de menaces imminentes en flatulence. Les Rouannais ont par la même occasion des fesses pas terribles. Je tiens à en témoigner. Et dans ce spectacle sons et lumière, nous avions le droit à un fond sonore, The Jury en acoustique.
The Jury en acoustique, c'est le guitariste avec une guitare acoustique et un violoncelle en plus. Alors c'est immensément sucré, bon comme avoir les pieds dans le sable brûlant, la serviette à coté de mille mégots ou les courants d'eau chaude à la mer. The Jury aura fait preuve pendant tout le concert d'obsession pour la musique noire mélangée au folklore américain. En plus simple il jouait un sous Ben Harper.
La voix du chanteur belle et haute avec un accent californien. Des surfeurs du Tennessee, voila ce qu'ils étaient. Donc un peu long sur la fin bien entendu, comme le sont toute les musiques positives et gentillettes. Quand il n'y a pas de Crazy Horses, de Bayou et de diable boueux, je m'emmerde facilement.
Alors il est 20h et il faut aller manger. Le kebab perpendiculaire a la rue des Bons Enfants. La rue avec une mère maquerelle comme il en existe une dans chaque ville de France : la grosse dondon qui a tout chié bien sûr, qui, si on l'écoutait, aurait pu faire sciences politiques et qui est aujourd'hui trop grosse pour avoir des clients à elle, à part les gens de goût bizarre. L'essentiel est d'aller jusque au kebab égyptien, là où l'on retrouve les gentils écolos défenseurs de la nature en train de se biturer à la bière. "Je ne bois pas d'eau, y'a des poissons qui pissent dedans".
Les problématiques écologistes ne sont plus ce que l'on pensait depuis longtemps, ces hommes qui critiquent tellement les chasseurs partagent aujourd'hui pratiquement leur culture. Mais mangeons mangeons, The Jury reprend à 21h et comme je suis toujours un clopin-clopant, il nous faudra le temps pour retourner jusqu'a l'Espiguette.
Un rush blues me prend en tête, des notes speeder et déconstruites, une envie subite de me lever et danser, me dressant menaçant sur des gens calmes et sans vie. L'envie de choquer se fait ressentir, bousculer les masses pour les réveiller. Tel songe un kebab à la main, ça n'a aucun sens. Payons payons et allons voir Suzanne le temps que The Jury commence sont set électrique. Suzanne, un vrai non de travesti, d'homme aimant les pulls angora. Suzanne est un groupe de minets, ils sont sur l'Espace du Palais, une place relativement récente de Rouen, une place qui a toujours voulu devenir hype et qui n'y a jamais réussi.
Alors Suzanne joue et pour un fois ça bouge un peu. Très nouvelle vague les garçons, allant des Franz Ferdinand à Interpol. En fait, ils sont les homologues rouannais des très parisiens Victorians. Eux mais sans le look, moins bien fringués.
Beaucoup de monde et présent pour eux mais seul un petit groupe de jeunes ado bouge, obéissant aux moindres paroles du chanteur, sautant comme des kangourous, osant à peine imaginer un pogo "On en a tellement entendu parler mais on sait pas comment ça marche". Et moi qui a du Velvet dans la tête, une chanson aussi fracassée que mes pieds, "I'm waiting for the man", les pianos si appuyés, les touches s'enfoncent comme dans mon crâne, alors que Suzanne blablate des choses, leur dernier morceau va être calme.
Je ne veux pas entendre parler de chose calme, j'ai l'ampli Vox de Lou Reed en plein dans la gueule, alors hors de question de chose calme. On part comme des voleurs. Je prend une Craven, l'allume ne comprenant pas ce que fout cette chanson dans ma tête. Les autres se foutent de ma gueule avec ma démarche à la con. Alors je décide de mettre mes Ray Ban mercure, ainsi on attribuera peut-être ma démarche débile à quelque éxet et non pas à je ne sais quelle faiblesse.
La délicieuse Craven dans la bouche nous arrivons à l'Espiguette, bondée comme le jour de la Fête de la musique. La place pue, elle pue la merde de bébé, le joint de mauvaise qualité, le parfum de petite femme fatale. Mélange d'odeur pour le retour de The Jury qui na même pas changé de style en électrique.
C'est une folie d'adoration a tout le funk et la soul mais jouer par un fils de troisième génération d'imigrer arabe. On comprend facilement la passion du jeune homme pour toute ces imagec de musiciens noirs américains, ceux qui représentent la liberté. C'est l'avènement de certains Isaak Hayes, Marvin Gaye, Prince, puis même des Bob Marley et James Brown. On sent que tout cela l'intéresse grandement, dans la guitare mi reggae mi funk, même un moment Hendrixien.
Puis c'est un phrasé de Funk man qui sort de sa bouche, c'est un teint de Mowtown qu'il veut se donner. Tous ces noms de chansons en The, la basse presque slapée. L'obsession est louable. Il manque immanquablement un truc au groupe, une plus grosse accroche peut-être, un nouveau look certainement. Mais ils sont dans le vrai.
Il est donc temps de partir, le concert s'est terminé. On passe juste devant Trio Mix-Up au cas où. De la musique avec des bruits de pluie et autre petite percussion en verre. On s'arrêtera là pour aujourd'hui. Le jeu sera de se finir dans un bar calme, loin de toute agitation de Da Silva.
On verra si on reviendra la semaine prochaine. Alors en attendant, santé a vous tous !