Réalisé par Isabel Coixet. Drame. 2h00. Sortie le 2 septembre 2026. Avec Alba Rohrwacher, Elio Germano, Silvia D'Amico, Galatea Bellugi, Francesco Carril, Sarita Choudhury.
Isabel Coixet, cinéaste barcelonaise, n'en est pas à son première film hors de l'Espagne. Cette réalisatrice prolifique, qui a déjà à son actif une quinzaine de longs métrages de fictions, a tourné à Londres, aux Etats-Unis. Là voilà, cette fois-ci, faisant écale à Rome pour donner vie à l'une des dernières œuvres de Michela Murgia, une autrice culte en Italie et qui, avant de disparaître à 51 ans, fut une féroce adversaire politique de Giorgia Meloni.
Dans Trois Adieux, Isabel Coixet adapte l'un des derniers ouvrages de Michela Murgia, Tre Ciotole, c'est-à-dire "Trois bols". En voyant le film, on comprendra pourquoi ce titre, invendable, était bien meilleur que celui qui a été choisi à l'international. Il correspondait parfaitement au récit subtil et émouvant de la romancière italienne et à la belle adaptation qu'en a tiré Isabel Coixet. Il est difficile de prétendre qu'elle a été fidèle à un livre qu'on n'a pas lu, mais tout dans le film laisse à penser qu'elle l'a été. Par petites touches, elle décrit une histoire simple, celle de Marta, double de Michela Murgia, qu'un cancer incurable va emporter...
Il y a déjà une vingtaine d'années, Isabel Coixet avait traité un sujet voisin dans Ma vie sans moi . La maladie frappait une jeune femme interprétée par Sarah Polley. Dans Trois Adieux, c'est une autre actrice exceptionnelle, Alba Rohrwacher, qui endosse le rôle d'une quadragénaire face à un destin sans pitié. Elle a la lourde tâche de devoir éviter tout pathos, de se comporter en femme à la fois forte et fragile. Isabel Coixet, qui donnait une "masterclass" à l'Instituto Cervantès, la veille de la sortie de Trois Adieux, a dit combien elle était influencée par Agnès Varda dont elle a été une amie. Même s'il ne connaît pas la fin miraculeuse de Chloé de 5 à 7, le film d'Isabel Coixet est digne de celui de Varda. Elles ont d'ailleurs en commun d'avoir dans leur pays respectif fait beaucoup pour le cinéma au féminin. Trois Adieux, comme "Chloé", ne pourrait pas être tourné par un homme qui n'aurait pas pu obtenir ce qu'elles obtiennent respectivement d'Alba Rohrwacher et de Corinne Marchand.
Personne, sauf vraiment mauvaise foi, ne pourra trouver qu'Isabel Coixet frôle un tant soit peu le mélo. Et pourtant, tous les personnages qui côtoient l'héroïne auraient des raisons de s'épancher quand elle s'estompe. D'Elio Germano, son grand amour en pause au mauvais moment, de Silvia D'Amico, sa sœur irritante d'égoïsme mais aimante maladroite, de Francesco Carrill, en soupirant se révélant trop tard, tous auraient pu faire mieux... mais n'est-ce pas la magie de l'art, et du cinéma en particulier, de magnifier les occasions manquées au lieu de s'en lamenter ?
En tout cas, en découvrant dans la foulée Isabel Coixet et Trois adieux, il est évident que la cinéaste et son héroïne se correspondent. Elles ont une sacrée énergie, un appétit identique pour comprendre le monde et le vivre malgré tous les aléas possibles. Dans son entretien à l'Instituto Cervantès, le temple de la culture ibérique de Paris, au 7 rue Quentin Bauchart, elle a montré qu'elle s'intéressait à l'autre et à l'ailleurs, qu'elle ne souhaitait pas se fixer cinématographiquement quelque part et qu'elle aimait raconter le monde et les hommes, qu'elle pouvait pour cela se servir des récits des autres - ce qu'elle a souvent fait - mais qu'elle pouvait aussi utiliser sa propre expérience. Il est clair qu'elle ne filme pas que pour simplement filmer ni pour recevoir des éloges éphémères. Mais réaliser un film aussi limpide que Trois Adieux, et laisser son spectateur ému et heureux en racontant une histoire qui pourrait, à tort, le faire fuir, n'est pas à la portée de beaucoup de réalisateurs pour l'heure plus reconnus qu'elle et plus narcissiques.
