Alors que tout un chacun fait des gorges chaudes de l'intelligence artificielle, se tient à Venise la quatrième biennale Homo Faber.
Quel rapport ? Aucun justement. En espérant que ça dure.
Homo Faber, fabriqué par des humains, est une sorte de foire, plutôt de célébration, des métiers d'art. Tous les deux ans se rassemblent ainsi sur la charmante île de San Giorgio Maggiore, à une encablure de Venise, des artistes et artisans venus du monde entier pour présenter leurs oeuvres, et même pour certains leur travail en direct devant nous.
Déjà d'une belle taille et avec une organisation impeccable pour les visiteurs, Homo Faber est cette année d'une autre envergure encore.
Plus grand, avec une "scénographie" d'Es Devlin que leur enviraient bien des musées permanents, Homo Faber est devenu un incontournable vénitien et apporte une certaine effervescence sur l'île mais aussi dans Venise intra muros pendant tout le mois de septembre (seulement, et c'est presque dommage que ce soit si court).
Sous titré "An island of light", l'exposition de cette année veut mettre en avant le rapport entre la lumière, les matériaux et la main humaine.

Il y est question de toute forme d'art, que ce soit de la sculpture, peinture, mécanique de précision, orfèvrerie, marqueterie, travail sur bois, métal, métaux ou pierres précieuses, et même la gastronomie (grâce notamment au restaurant Local qui a en charge la restauration, du snack jusqu'au restaurant gastronomique qui offrent tous une expérience de produits de qualité comme les glaces artisanales par exemple pour vous rafraîchir entre deux stands). Bref, il y a de tout que ce soit de l'art pur ou des œuvres plus "pratiques" comme des bijoux ou montres de luxes. De Van Cleef & Arpels à une jeune artiste chinoise qui construit des objets en bambous (en coupant et sculptant une seule tige de bambou, impressionnant de la voir travailler devant nous), on va d'émerveillement en découverte de brillants artisans.
Au total, ce sont 500 artisans de 70 pays qui ont participé à cette exposition.

Mais revenons à la scénographie. Tout commence dans une immense atelier dans lequel le temps semble s'être figé quand tout à coup le noir se fait et un film présentant Homo Faber est diffusé.
Superbe mise en scène qui ouvre dans l'écran une porte que nous prenons pour découvrir une immense galerie de photos de chacune et chacun des artisans ayant participé à l'élaboration des oeuvres présentées.
Dailleurs, Homo Faber a cette année annexé Le Stanze della Fotografia, un lieu superbe qui propose le reste de l'année de bien belles expos photos.

On arrive ensuite dans un endroit magique dont j'aimerai garde le suspens pour le visiteur (si vous comptez y aller, sautez au paragraphe suivant). Un immense carrousel rotatif propose une centaines d'œuvres. L'ensemble tourne très lentement et on peut observer les œuvres de l'extérieur du carrousel, auquel il tourne lentement devant nous, ou alors de l'intérieur du carrousel, ce qui nous donne alors la sensation d'immobilité alors que l'ensemble de la pièce semble bouger autour de nous. Fantastique sensation accentuée par une lumière impeccable.

En tout, 15 "stands" ou plutôt lieux avec chacun leur mise en scene propre sont à visiter. Tantôt axés sur les matériaux (bois et bambous, métal, cuir, passementerie...) tantôt sur des oeuvres thématiques (vases, orfevrerie, bijouterie, objets et sculptures entièrement blancs...).

Étonnamment la balade qui prend facilement la journée si on s'accorde une pause déjeuner dans l'espace restauration n'est jamais lassante. D'abord parce que chaque oeuvre ou presque est exceptionnelle, mais aussi parce que l'on a la chance de pouvoir discuter avec les artisans qui sont en train de créer sous nos yeux. Aussi parce que la mise en scène est remarquable (une lune chargée de poteries sortie tout droit d'une piscine olympique aux eaux noires, ça ne se voit pas toutes les 5 minutes - sauf à Homo Faber donc).

Par ailleurs, il faut noter que le personnel est formidable autant pour vous guider à travers les différents espaces repartis dans un grand parc que pour prendre le temps de vous parler des artisans qui ont travaillé sur telle ou telle oeuvre avec détails et passions.
Si Homo Faber profite en un sens de la biennale d'art qui se déroule en même temps (ce qui, espérons-le, fera venir plus de journalistes et de public pour parler et découvrir le savoir-faire d'artisans du monde entier), cette exposition reste bien différente de la biennale d'art et propose une sorte de prise de conscience de la valeur de l'humain dans la transmission de la beauté et des émotions.
A voir absolument si vous êtes à Venise ou lors d'un voyage express lors d'un week-end par exemple.
Pour les autres, rendez-vous est pris en 2028 pour la cinquième édition.

Crédits photos : David Didier
