On a vite fait de réduire beaucoup trop facilement l'esthétique de la guitare classique. Le mot pourrait appeler des salons feutrés, des partitions figées, une tradition qu'on respecte à distance. Fort heureusement, la vérité est toute autre. Rien de tout cela non plus dans ce disque. Jason Del Campo empoigne l'instrument comme on empoigne une matière brute : il le frotte, le percute, le fait grincer, cherchant moins la note juste que le grain du geste qui la produit.
Ce second album se construit comme une traversée en douze étapes, un road-trip qui ne quitte jamais vraiment une pièce fermée. On y entend le souffle avant le son, le frottement d'un doigt avant la note. Cette proximité presque physique avec l'instrument rappelle par instants Nils Frahm ou Ólafur Arnalds, mais Del Campo ne cherche pas l'ambiance : il cherche la texture. Chaque pièce semble avoir été pensée comme un objet à toucher plus qu'à écouter. Et dans le jeu des comparaisons on pourrait également penser à Daniel Bachman, Sergio Sorrentino, Christian Naujoks, Marisa Anderson…
Le disque va chercher ailleurs que dans la seule guitare classique : un dobro modifié (Paseo, Wavin), un archet bricolé, un instrument parfois détourné de sa fonction pour servir une couleur plus ibérique (Barcelona 24/7), plus âpre. Ce ne sont pas des gadgets sonores, mais des outils au service d'une écriture qui refuse de choisir entre musique savante et musique populaire.
Atlas n'est pas un disque qui se laisse consommer en fond sonore. Il demande une écoute rapprochée, presque physique, pour révéler ce qu'il a de plus intéressant : non pas des mélodies immédiatement séduisantes, pas uniquement la finesse et la sensibilité mais un rapport sensoriel et artisanal à l’instrument.
