Composées entre 1965 et 1970, les quatre pièces: Verano Porteño, Otoño Porteño, Invierno Porteño, Primavera Porteña n'ont pas été conçues comme un cycle unifié à l'origine. Piazzolla les a écrites séparément, pour son Quinteto Nuevo Tango (bandonéon, violon, piano, guitare électrique, contrebasse), souvent comme musique de scène ou pour des besoins ponctuels. C'est l'arrangeur et violoniste Leonid Desyatnikov qui, en 1996, les a regroupées et orchestrées pour violon solo et cordes, en tissant délibérément des citations des Quatre Saisons de Vivaldi, geste qui a rétrospectivement construit le "cycle" tel qu'on l'entend aujourd’hui. 

Pour autant avec l’arrangement pour violoncelle et ensemble à cordes d’Olivier Calmel, Xavier Phillips a souhaité s’éloigner de la version de Desyatnikov pour revenir à l’essence même de la musique de Piazzolla.

Xavier Phillips a un goût pour les nuances tranchées, pas de demie-mesure, pour les dynamiques et c’est tant mieux. Son violoncelle se fraye avec une belle aisance un passage à travers la texture des cordes plutôt que de planer au-dessus : cela crée une dramaturgie différente, plus proche du dialogue ou de la lutte que de l'exhibition virtuose. La tension rythmique obsédante gagne en lourdeur et en noirceur, le violoncelle accentue le caractère presque menaçant de la pulsation dans Verano Porteño, l’atmosphère dépouillée et mélancolique de l’Invierno Porteño trouve dans le timbre grave un écho naturel, presque un effet de résonance.

Le concerto pour bandonéon et orchestre est également une belle réussite. L’arrangement tout en finesse et compréhension du texte et des impératifs liés au changement d’instrument soliste et de masse orchestrale d’Olivier Calmel y est aussi pour beaucoup. Le célèbre Oblivion vient clore en beauté ce disque magistral.