La pochette de ce nouvel album intrigue immédiatement. Chelsea Wolfe s’y tient debout, de face, baignée d’une certaine lumière, avec une assurance inhabituelle dans ce décor de far west. On pourrait presque dire qu’elle est lumineuse, surtout si on la compare à celle d’Apokalypsis (2011). Le contraste est donc saisissant avec cette figure longtemps associée aux visages effacés et aux atmosphères crépusculaires. On relèvera d'ailleurs que sur un clip illustrant ce nouveau disque, elle y apparaît vêtue de blanc avec un maquillage moins prononcé qu’à l’habitude.
Cette photographie est la clé du disque. The Dark marque une rupture dans l’univers de Chelsea Wolfe. La noirceur est toujours là, dense et profondément enracinée mais elle est dorénavant maîtrisée.
Le disque avance ainsi dans un équilibre étrange entre poids et clarté. Les guitares restent massives, les textures épaisses, les pulsations parfois menaçantes. Pourtant, des espaces s’ouvrent. La voix gagne en netteté, en présence, comme si Chelsea Wolfe acceptait désormais que sa voix soit au centre de ses propres compositions.
"Cold" en ouverture installe immédiatement cette impression. Sa voix surgit avec une force très tranquille, soutenue par une instrumentation acoustique. Il y a même un petit côté Suzanne Vega dans le chant. Un titre qui risque d’étonner immédiatement les auditeurs habituels de l’artiste, tant la musique se fait ici plus claire et lumineuse que précédemment.
"Seethe" ou "Swallower" renouent avec la lourdeur qui traverse une grande partie de son œuvre, avec quelques bidouillages sonores en arrière-plan. Toutefois, l’approche vocale est toujours aussi nouvelle, plus douce, créant un contraste intéressant avec la densité de l’instrumentation.
Le morceau-titre pousse encore plus loin cette impression d’exposition. Chelsea Wolfe, à la guitare acoustique, ne cherche plus à rendre l’obscurité inquiétante. Le résultat est presque apaisant.
"I'm Not There" reste sur cet équilibre délicat entre obscurité et douceur. Un très beau titre. "Death Is Not the End" navigue dans les mêmes eaux, mais connaît une rupture en son milieu avec l’apparition d’un son plus électrique, donnant alors cette impression étrange d’une voix à nouveau enfermée dans la noirceur.
Lorsque "Dancer in the Sky" referme l’album, Chelsea Wolfe donne l’impression d’être arrivée définitivement dans un lieu plus paisible. Il y a même quelque chose d’une Lana Del Rey gothique dans cette conclusion.
Et si, après une quinzaine d’années de carrière, The Dark traduisait finalement une sortie des ténèbres, l’affirmation d’une renaissance et l’acceptation d’apparaître en pleine lumière ? Un album clivant, qui décevra certains fans de la première heure, mais qui a le mérite de tenter d’ouvrir un nouveau chapitre et d’éviter ainsi à l’artiste de devenir une caricature d’elle-même.
