Formé à Manchester en 2023, le quatuor Westside Cowboy publie son premier album, It Goes On, onze titres pour un peu plus d'une demi-heure, enregistrés à Leeds sous la direction de Loren Humphrey, producteur déjà associé à Geese et au projet solo de son chanteur Cameron Winter. La filiation n'est pas fortuite : le groupe a partagé la scène avec Geese comme avec Black Country, New Road, et on pourrait situer It Goes On dans cette même veine. Celui d'un slacker-rock indépendant anglais nerveux, guitares anguleuses et voix trainantes, mais tempéré ici par une inclination affichée pour l'americana et la musique folk traditionnelle : un croisement que le groupe revendique lui-même sous l'étiquette de "Britainicana".

L'album s’ouvre sur un diptyque efficace : "Kick Stones (The Boys)" et "Paper Chains" qui pose d'emblée les termes du disque : une production volontairement rêche, presque live, qui mise sur l’énergie, une efficacité mélodique et une écriture collective où le chant circule entre les membres. Cette économie de moyens, revendiquée comme un principe esthétique, n'empêche pas le disque de ménager de vraies respirations comme "Big Wheels", "Coyote", ou "Well done kid, you did it !" tandis que "Take My Leaving As I Love You" verse dans une tendresse presque mélancolique.

Le disque doit beaucoup au mélange entre vocabulaire américain et britannique, il doit également au jeu d'alternance entre fougue et retenue. Au fait également que le groupe se refuse aux effets de manche, préférant une forme de sincérité simple et sans esbroufe à une sorte de lyrisme. C'est aussi ce qui permet au disque de tenir sa cohérence sur la durée : rien n'y semble démonstratif, tout y paraît nécessaire, jusqu'au morceau de clôture, "You Could Have Died There On The Dancefloor", où la batterie et les guitares jumelles referment l'album sur une note d'ivresse contrôlée.

Le nom du groupe vient d'une anecdote historique : au début de la révolution industrielle new-yorkaise, des hommes à cheval précédaient les trains pour prévenir les piétons non habitués à ce nouvel objet technologique, et on les surnommait les "Westside Cowboys".

Belle image pour résumer l'esthétique du groupe : elle détourne la figure du cow-boy de l'imaginaire western classique pour en faire un passeur entre un monde ancien et la modernité. Cette tension, être à l'avant-garde tout en protégeant ce qui reste du passé, peut se lire comme une métaphore de leur démarche musicale : des musiciens issus de la scène indie / noise qui "ralentissent le train" du rock contemporain en le ramenant vers des formes plus "anciennes".