L’heure de la rentrée littéraire vient de sonner, avec des choix cornéliens à devoir faire tant le nombre de nouveaux ouvrages est important, que cela soit des premiers romans ou des livres d’auteurs confirmés.
De beaux livres sont à venir évidemment, avec des chroniques qui vont suivre tout le long du mois de septembre mais dans un premier temps, notre choix se porte sur un premier roman d’une jeune autrice, née dans un camp de réfugiés laotiens en Thaïlande. Une jeune autrice poète et romancière qui a, dans un premier temps, publié des recueils de poésie, remportant des prix avant de se lancer dans un premier roman, que les éditions La Croisée viennent de publier. L’autrice vit actuellement au Canada, à Toronto.
Ce premier roman, La couleur qui vous plaira a remporté le prestigieux Glizer Price au Canada en 2025 qui est l’équivalent du Goncourt canadien. Il est en cours de traduction dans de nombreux pays et vient d’être cité parmi les meilleurs romans de 2025 par le New York Times.
Cet ouvrage qui ne dépasse pas les 190 pages nous embarque aux côtés d’une certaine Ning. Ning fut boxeuse autrefois, mais pour les clients de son salon de manucure, elle n'est qu'une employée parmi les autres prénommées Susan. Les Susan polissent et vernissent les ongles, conseillent les clients sur la couleur qui ornera leurs mains. Elles sont aussi une oreille attentive et discrète aux confessions que les clients laissent échapper, dépits amoureux, professionnels, familiaux, qu'elles suivent au fil des rendez-vous. Les Susan, elles, sont émigrées, et partagent avec facétie et bonheur une langue que les clients ne comprennent pas. Leur quotidien est fait de précarité, de soumission, et du rêve farouche de s`en sortir. En l’espace d'une journée routinière, dans ce salon des Susans, un événement inattendu vient catalyser les craintes et les espoirs des jeunes femmes.
Même si je ne suis pas un adepte des salons de beauté et d’esthétisme, l’auteure a réussi à m’embarquer dans son histoire qui, au final, s’avère bien plus profonde qu’une séance de manucure, et surtout bien plus drôle. L’auteure réussit à donner une dimension pince-sans-rire sur les lieux du corps et des bleus à l’âme des clientes du salon. Elle dévoile une représentation subtile de nos sociétés à travers cet ouvrage. La précarité des personnes immigrées est évidemment au cœur de l’ouvrage qui brasse aussi avec intelligence les problèmes concernant l’isolement, les humiliations ordinaires, montrant bien comment certaines s’efforcent à rester invisibles pour pouvoir juste travailler et vivre, conservant une certaine dignité.
L’ouvrage est très bien écrit, la lecture est parfaitement fluide (et rapide du coup), c’est très souvent drôle, particulièrement subtil dans l’analyse sociétale faite et terriblement humain. Il dévoile une autrice particulièrement prometteuse, qu’il va falloir suivre prochainement. Ce que nous ne manquerons pas de faire évidemment.
