On a découvert Lost In Kyiv un peu par hasard, au détour d’un post Instagram de Lady Mass expliquant avoir écouté ce disque des centaines de fois depuis sa sortie, parlant d’un véritable voyage émotionnel et de l’un des albums de l’année. Forcément, avec un avis aussi dithyrambique, la curiosité était grande.

Nous voilà donc plongés dans We're All Going To Be Fine, cinquième album d’un groupe français que l’on ne connaissait pas du tout, même sous son ancien nom Lost In Kiev. Et il faut bien reconnaître que l’enthousiasme était loin d’être exagéré. Cet album est effectivement excellent.

En sept titres, Lost In Kyiv construit un post-rock instrumental ample, à la façon d’un Mono ou de Russian Circles par exemple, mais régulièrement rattrapé par une lourdeur post-metal qui vient bousculer les plages atmosphériques. Tout est ici affaire de progression, de tension et surtout d’émotions, avec cette capacité à faire évoluer un morceau presque imperceptiblement avant de laisser éclater plein de sonorités.

Très courte introduction, "Enlightened", avec quelques nappes, une voix parlée et une atmosphère pour installer le décor. "Burst" s’installe sur sept minutes durant lesquelles les guitares prennent progressivement de l’épaisseur, portées par une batterie particulièrement dynamique et surtout des notes ou nappes synthétiques. Le morceau alterne ainsi passages très puissants et respirations plus lumineuses sans jamais casser son élan. Une entrée en matière remarquable.

"Mantra" repose davantage sur la répétition et la montée en tension. Le morceau avance comme une mécanique parfaitement huilée, avec une batterie très présente et puissante, véritable métronome de ce titre. Il y a encore des sonorités électroniques qui viennent apporter davantage de complexité, pour finir par une nappe synthétique donnant même un côté cinématographique.

Enchaînement avec "Eclipse", où les premières minutes laissent respirer les instruments. Les guitares se font ensuite lourdes, presque écrasantes par moments, tandis que les arrangements apportent une profondeur supplémentaire au morceau. L’apparition des cuivres accentue encore cette sensation de grandeur et donne à l’ensemble un aspect lyrique, avant de finir par quelques notes de guitare particulièrement mélodieuses. Un des morceaux les plus impressionnants du disque du fait de sa richesse.

"Becoming" marque ensuite une véritable rupture. Pour la première fois, une voix chantée vient occuper le premier plan, celle de Rebecca Need-Menear. Cette intervention lui apporte au contraire une fragilité nouvelle. Les guitares se montrent plus retenues, plus aériennes, la basse plus présente, avant de progressivement gagner en puissance. Le morceau joue en permanence entre douceur et tension, avec un côté presque suspendu qui en fait l’un des passages les plus immédiatement émotionnels de l’album. C’est particulièrement le cas sur le dernier tiers du titre.

Il faut ensuite neuf minutes à "Euphoria" pour développer pleinement son univers. Le morceau évolue par vagues, alternant moments contemplatifs, montées progressives et passages beaucoup plus massifs. Les musiciens sont au sommet de leur art, avec notamment ce son de basse particulièrement impressionnant. Malgré sa longueur, le titre ne donne jamais l’impression de tourner en rond et il s’agit plutôt d’un voyage cosmique accompagné par moments par une voix féminine. Ce titre se caractérise par sa progression naturelle jusqu’aux dernières minutes et par cette impression que chaque musicien a sa place, sachant qu’ils ne sont que quatre. Du post-rock instrumental comme on aime.

"Liminality" vient enfin refermer l’album dans une atmosphère plus introspective. Le morceau conserve cette alternance entre passages aériens et guitares plus imposantes, mais avec quelque chose de presque apaisé. Une voix parlée apparaît en fin de parcours, renvoyant au titre d’ouverture.

Après quarante minutes de tensions et d’éclaircies, LostT In Kyiv laisse finalement l’auditeur dans une sorte d’entre-deux, à la fois apaisé et encore marqué par ce qui vient de se passer, avec l’envie immédiate de se replonger dans le disque. Ce qui a été le cas puisque celui-ci a été écouté deux fois d’affilée.

Lost In Kyiv réussit donc à conjuguer la puissance du post-metal, les longues montées du post-rock et une véritable sensibilité mélodique sans jamais verser dans la démonstration, malgré le talent indéniable de chaque musicien.

On était donc venu vérifier si cet enthousiasme aperçu sur Instagram était justifié. Quarante minutes plus tard, difficile de ne pas le partager. Un beau voyage émotionnel et, très certainement, effectivement l’un des albums marquants de cette année 2026.