J’ai découvert The Durutti Column au tout début des années 90,  jeune et curieux que j’étais à l’époque de découvrir des territoires  sonores  insoupçonnés en écoutant Bernard Lenoir et en lisant et relisant les Inrockuptibles alors qu’il n’y avait qu’un numéro tous les 2 mois.

On avait sans doute plus de temps à l’époque, moi en tout cas. Pas assez d’argent pour acheter trop de disques, pas d’internet avec des offres d’écoute illimitées. Rien qui ne pouvait nous empêcher de choisir avec une certaine gravité le prochain disque destiné à trôner sur notre platine pour les prochaines semaines.

Bref, il fallait choisir le bon disque, celui qui allait nous accompagner un moment, faute de quoi on avait l’impression d’avoir perdu nos 130 francs.

C’était parfois facile de faire ce choix, je me souviens de ce Substance de New Order qui sonnait comme une évidence, mais parfois c’était plus aventureux. Ce groupe-là, The Durutti Column avait le bon goût d’avoir sorti des disques sur Factory, LE label indépendant de l’époque qui surpassait tous les autres.

Et puis la pochette de The Guitar and other machines était si belle. Une fois sur la platine, je me souviens avoir été tout de suite emporté par le titre d’ouverture, le merveilleux "Arpegiator" que j’écoute toujours régulièrement 35 ans plus tard. Quelle claque cette façon de jouer de la guitare, de déconstruire pour mieux rebâtir ! Jamais sans doute l’étiquette "Post Punk" n’a mieux porté son nom. Faire table rase et repartir sur autre chose.

Ce disque m’a fait évidemment acheter le premier album du groupe, étrangement intitulé The Return of The Durutti Column, et là encore un titre marquant et qui m’accompagne toujours "Sketch for summer" qui est encore et toujours absolument sublime.

Si vous n’avez jamais entendu ces notes de guitares jouées par Vini Reilly (tête pensante et mains d’orfevre du groupe), je vous envie de les découvrir aujourd’hui. Ces mélodies, ces accords, ces arpèges sont une poésie qui ne nécessite pas davantage de mot pour vous émouvoir.

Les années ont passé, trop vite, et les albums de Durutti Column se font rares. D’autant que Vini Reilly a eu bien du mal à se remettre d’un AVC il y a 16 ans (d’ailleurs, il n’y a pas eu d’album depuis). Il a fallu réapprendre à vivre, bouger, jouer de la guitare avant d’imaginer sortir un nouvel album.

Ce qui veut dire aussi que ce Renascent qui porte infiniment bien son nom (Renaissance) arrive comme un signe pour nous dire "je suis toujours là et j’ai toujours envie de vous emmener dans mes balades musicales oniriques". Vini, 72 ans, avec son air d’inébranlable adolescent attardé à peine masqué par ses cheveux blancs et de sa silhouette émaciée qui lui donne des airs de Sammy dans Scoobidoo, revient donc avec un disque brillant qui renoue par certains aspects avec Guitar and other machines.

On y trouve bien sûr ce même jeu de guitare atypique et unique, mais aussi des pistes plus électroniques, du chant, du spoken word. Le tout est arrangé avec la délicatesse que l’on connaît, sans grande surprise donc sinon celle, immense de retrouver enfin ce groupe comme si nous l’avions quitté la veille.
 
"Echoes in the memory" porte bien son nom puisque effectivement il est peut-être le titre qui rappelle le plus les albums anciens du groupe avec ses guitares planantes et envoûtantes. "Time present and time past" apporte quelques éléments électro au milieu de tout ça et prouve que Vini Reilly est avant tout un mélodiste hors pair et pas seulement un virtuose de la guitare. "Agonistes" et "Sargasso sea" donnent quant à eux de la voix, celle, douce et envoûtante, parfaitement en accord avec l’univers planant du groupe, de Caoilfhionn Rose. Le premier accompagné de guitare, magique, et le second, plus inattendu mais néanmoins très touchant, au piano. Frissons garantis. Au rayon des collaborations, notons également celle de Lucas Elliott sur le titre final "All they see is fire".

Enfin, on entend également la voix de Vini Reilly sur "Scammer", un morceau très différent, avec cette voix murmurée, éthérée. Peut-être le titre le plus émouvant du disque en un sens.
 
Si The return of the Durutti Column est sorti en 1979, c'est bien en 2026 que le groupe de Vini Reilly fait son vrai retour, quasi revenu d'entre les morts, totalement improbable et qui s'impose comme un vrai bel album, loin d'un retour "utilitaire" avec des fonds de tiroirs pour récupérer quelques livres sterling. Indispensable, sinon nécessaire, que vous connaissiez ou non ce groupe culte des années de gloire du post-punk.