C'est à 21h30, alors qu'elles venaient à peine d'arriver et sortir de table, que j'ai pu échanger avec DJ Constant et MC Vieillard du trio Les Vulves Assassines. Un moment d'échange passionnant avec les deux musiciennes.
Est-ce que vous pouvez vous présenter pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Les Vulves Assassines ?
DJ Conant : Alors ceux qui ne connaissent pas Les Vulves Assassines, sachez qu'on est un groupe de meufs qui fait du punk rap de l'espace.
MC Vieillard : Electro punk rap de l'espace.
DJ Conant : Ouais, c'est vrai tu as raison. Et féministes, communistes, marxistes.
MC Vieillard : Tout en même temps.
On va imaginer que vous avez une baguette magique. Et vous pouvez jouer avec qui vous voulez, vivant ou mort, sur scène ou en studio.
DJ Conant : Ben Jean Ferrat !
MC Vieillard : Je croyais que tu allais dire la Mano Negra. (Rires)
DJ Conant : Ils sont pas morts, la Mano Negra. (Rires)
MC Vieillard : Je dirais Ska-P. Je rigole. Bon ça c'était un secret, il faut que personne ne sache.
On enlèvera. (Rires)
MC Vieillard : Mais on adore Ska-P. N'empêche que Ska-P, je suis désolée mais leurs chansons sont toujours tellement d'actualité. Je pense qu'on rigolerait bien et puis il y aurait de la trompette dans nos morceaux pour une fois.
Je me demandais ce qui vous a donné envie de monter sur scène ? Est-ce qu'il y a un concert ou un artiste que vous avez vu et vous vous êtes dit : c'est ça que je veux faire ?
DJ Conant : Il y a plein d'artistes masculins où l'on s'est dit : ils se marrent trop. Mais c'est justement parce qu'on a vu UNE artiste : Schlass (NDLR : un groupe stéphanois) à Chauffer dans la Noirceur (NDLR : un festival qui se tient dans La Manche). Et je me suis dit : "waouh, quel petit bout de bonne femme !" (Rires)
On n'a pas eu beaucoup d'exemples féminins et ça fait partie des raisons pour lesquelles qu'on a décidé de faire un groupe alors qu'on était nulles en musique et qu'on n'était pas du tout promises à ce genre de métier.
Par contre, j'avoue, Schlass, c'est un groupe - un mec et une meuf - mixte. C'est du rap, trash, punk aussi un peu, engagé et la meuf est incroyable.
MC Vieillard : En fait, on a monté le groupe en 2013 où il y avait très peu de propositions d'artistes féminines qui ne sont pas que interprètes, mais qui font aussi la compo, les textes, etc. Souvent c'était la chanteuse du groupe ou la clarinettiste. Et c'était très rare et encore plus dans les musiques on va dire "sales", pas belles.
Alors des groupes de punks meufs, en France je parle - je ne parle pas du reste du monde - c'était très très rare. Et on avait envie de faire comme les groupes de gars que l'on voyait et justement qui nous donnaient envie de juste monter sur scène, faire les cons pour faire rigoler les copains, avoir de l'auto-dérision.
DJ Conant : Et c'est une différence aussi avec Schlass et d'autres groupes, elle danse super bien, elle a un contrôle de son allure et de sa voix, de son corps, etc. Même si c'est trash et c'est monstrueux, on s'est dit qu'il y avait plein de nos copains qui s'en battaient les couilles de l'apparence qu'ils allaient avoir, de ce que les gens allaient penser d'eux, de chanter bien ou mal. Donc l'idée, c'était de réussir à atteindre cette auto-dérision, ce lâcher-prise comme on dit aujourd'hui.
Merde, je n'arrive pas à finir la phrase, c'est toi qui finis les phrases. (Rires)
MC Vieillard : C'est rigolo ce lâcher-prise qu'avaient la plupart des groupes masculins dans le monde punk et pas que rap, de se permettre d'être un peu médiocre. Donc ça ne répond pas du tout à ta question, tu as fait un truc flippant. (Rires)
Cela y répond, et l'idée n'est pas forcément de répondre exactement à la question, c'est de vous exprimer aussi.
J'ai interviewé plusieurs musiciennes qui font du rock, montent sur scène, et à qui on pose souvent des questions comme : "tu es en couple avec lequel des membres du groupe ?", etc. Je me suis demandé si le nom de votre groupe, Les Vulves Assassines, venait parce que vous aviez eu des questions aussi débiles que ça ?
DJ Conant : On n'a jamais eu de questions parce qu'avant le groupe, il n'y avait rien, on n'était pas musiciennes du tout. Ce qui est vrai, c'est qu'il s'est posé la question à un moment donné de devenir un groupe mixte, donc d'intégrer un garçon de temps en temps à la guitare parce que notre guitariste fille n'était pas tout le temps là.
Et je sais pas si c'est le public qui avait une perception différente du groupe ou si c'est nous qui n'avions plus l'impression de faire la même chose, en tout cas le message n'est plus du tout le même. Je crois qu'à un moment on avait besoin de faire ça et le public avait aussi besoin qu'on soit genre que des meufs sur scène, en autonomie totale de notre projet, avec un contrôle absolu de ce qu'on disait, même si c'était moins bien que si on avait eu des personnes plus expérimentées parce qu'en plus d'être des meufs, effectivement on était des meufs qui ne connaissaient rien.
MC Vieillard : Ce nom arrive avant, on existe avant qu'on parle de nous et pendant longtemps on existe sans que personne ne parle de nous à cause de ce nom. Encore une fois, depuis qu'il y a eu #MeToo, dire le mot vulve n'est plus trop un gros mot, mais il n'y a pas si longtemps, 10-15 ans, cela nous a fermé des portes.
On est complètement en autoproduction. Au début ce n'était pas par choix, maintenant oui. C'est cool d'être en autoproduction : on a compris comment cela fonctionnait et on est très bien comme ça. Mais au début, c'est parce que personne ne voulait taffer avec 3 meufs et qu'en plus ce nom-là était dégueulasse, "indisable", alors que c'est le mot du dictionnaire qui va bien et si tu lis les textes, c'est plutôt tranquille, il y a une sorte de vision d'horreur de ce qu'on est, de ce qu'on représente.
DJ Conant : C'est assez étonnant. Il y a beaucoup de gens qui commentent nos trucs sur internet, des gens d'extrême droite qui tombent là-dessus ou alors qui se font ramener vers ça, parce qu'il y a des réseaux qui pointent parfois nos publications. Ils arrivent en masse pour essayer de nous déstabiliser et souvent c'est genre : "ah ouais super, mais moi je vais m'appeler les bites". En fait, on n'a jamais employé de mots à la fois dévalorisants, vulgaires, enfin vulve, c'est un terme médical, et assassine c'est un adjectif même plutôt littéraire, ce n'est pas du langage courant, c'est un peu soutenu d'utiliser cet adjectif.
On parle d'organe génital féminin, dans nos paroles de chansons aussi de temps en temps on va montrer de l'agressivité, de la colère mais en général, on utilise très peu de mots vulgaires ou de gros mots, comparé à la production des groupes masculins. Entre effectivement le rap actuel où plus personne n'en parle, c'est vrai que c'est quand même souvent super misogyne, agressif, violent, haineux et on en écoute aussi, et quand on remonte dans, comment il s'appelle...
MC Vieillard : Patrick Bruel (Rires)
DJ Conant : Lui pour le coup, c'est pire que tout, parce qu'en plus c'est hypocrite, il fait semblant d'être un lover, alors qu'en fait c'est une grosse raclure. Mais comment il s'appelle l'autre-là, le Connemara et compagnie... Sardou ! Et Johnny, qui fait des chansons sur les féminicides, tu as quand même tout le temps de la violence dans les chansons des hommes, qui ne leur est jamais reprochée, et nous à peine on dit le mot, on nous tombe dessus.
Est-ce qu'on éduque nos garçons ou est-ce qu'on protège nos filles ?
MC Vieillard : Les deux, j'ai une fille et elle a un garçon, donc on éduque et on protège les garçons, on protège et on éduque les filles, en fait c'est dans tous les sens.
DJ Conant : Les enfants, les pauvres, n'ont rien demandé. Je trouve que c'est un peu dur aussi et je pense qu'on le fait malgré nous. Effectivement je suis avec mon garçon peut-être parfois beaucoup plus dure que je ne le serais si c'était une fille, alors qu'à cet âge-là, ils ne sont pas encore imprégnés par la culture des viols. L'éducation commence super jeune, nous sommes effectivement dans l'éducation, le corps, le consentement. Si tu apprends le consentement dans un sens, tu l'apprends aussi déjà dans l'autre.
MC Vieillard : On a fait de la boxe avant de faire de la musique et justement on s'est dit : "tiens, plutôt que d'essayer de faire un gang, essayons de faire de la musique, c'est presque pareil mais avec une porte de sortie plus dans la discussion". Je pense qu'on vieillit, on s'adoucit, on a plus envie de discuter.
DJ Conant : En tout cas on espère et on fait tout pour que la génération suivante ne grandisse dans la même ambiance que nous. On vient des années 90, c'était la pire époque pour grandir et apprendre des choses. Je me souviens que le discours dominant était "le féminisme, c'est la honte, c'est un truc démodé". Et il y a eu #MeToo, tout un tas de choses qui font qu'aujourd'hui, les enfants, même à la crèche, apprennent des trucs qui sont beaucoup plus égalitaires.
C'est aujourd'hui mal vu à la fois dans l'éducation nationale et dans tous les endroits où les enfants grandissent et dans les festivals de musique actuels, il y a la volonté d'avoir un comportement différentiel à l'égard des garçons et des filles. Tout le monde essaie d'avoir autant de garçons que de filles - enfin pas tout le monde - mais plein de festivals font cet effort-là. Je crois qu'aujourd'hui, il y a des subventions qui sont conditionnées par la mixité.
Peut-être que c'est de notre point de vue, nous ne sommes pas confrontés aux mêmes choses que d'autres, en tout cas on n'entend plus de la part de personnes qui ont des responsabilités, des discours similaires et tout le monde fait un petit effort.
MC Vieillard : Oui. C'est trop optimiste, je suis trop optimiste encore une fois. Pour moi, ça se polarise un petit peu, je pense. Le truc qui est sûr, c'est que c'est du discours conventionnel - je ne sais pas si c'est le mot - je pense que ça fait râler certains mais ils le font parce qu'ils n'ont pas le choix. Tu n'as plus une organisation de festival ou de salle de spectacle qui peut dire : "on ne peut plus rien dire".
Alors, je vais passer sur un sujet qui est complètement différent. Vous m'avez dit que vous faisiez du punk rap de l'espace. C'est la scène sur laquelle vous vous situez, le punk et le rock. Le punk et le rap.
Et l'électro. Oui.
Comment vous trouvez la scène hexagonale, on va dire, punk, rap, électro ? Est-ce que vous trouvez qu'elle est vivante ?
MC Vieillard : Alors, c'est très sectorisé par région. On vient de la banlieue parisienne. Là-bas, on existe vraiment. On existe vraiment en Bretagne. On existe vraiment dans le nord de la France. Si on descend dans le sud-est, on existe beaucoup moins. Et je ne sais pas si on peut faire une carte de France des styles musicaux, mais j'ai la sensation à force que si.
DJ Conant : A part dans les rares moments comme des festivals comme le Foreztival où il y a le live, il y a vraiment tous les styles qui sont représentés. Il faut se rappeler que les festivals, ça reste de gauche. On le voit là.
Les subventions sont en train de fondre. À chaque fois que les subventions fondent, c'est parce que des gouvernements ou des autorités de droite, des institutions de droite ont décidé de sucrer des budgets culture. La gauche en général promeut la culture et les festivals qui le rendent bien. J'ai l'impression que quand il n'y aura plus de festival, on va vraiment être dans la merde.
N'empêche qu'il y a quand même ce truc où on joue tout le temps avec des gens qui nous ressemblent. Toute l'année, on joue dans des SMAC, des salles de musiques actuelles avec des groupes qui nous ressemblent. Et on a plutôt l'impression d'être dans une espèce de dynamique où, oui, il y a beaucoup de musiques alternatives, il y a beaucoup de musiques indépendantes. J'ai une vision positive de la musique en France, de la production.
Effectivement, il y a tout un monde qui nous échappe. Et je crois qu'en France aujourd'hui, c'est un peu généralisé. En France et dans le monde, tout tend à créer des bulles dans lesquelles tu te retrouves avec des gens qui te ressemblent et qui t'aident.
MC Vieillard : C'est vrai que les bulles sont en galère en ce moment. On revient au truc de polarisation.
DJ Conant : Ce qu'on constate dans notre bulle à nous, c'est que même les gens pour qui cela a fonctionné il n'y a pas si longtemps éprouvent une difficulté un peu généralisée à vivre de la musique parce qu'il y a de moins en moins d'argent et les gens prennent moins de risques, donc forcément tout ce qui est un petit peu risqué ou...
MC Vieillard : Ou chelou, qui sort des clous, enfin ce n'est pas rentable. Ce qui caractérise l'art en général.
DJ Conant : Cela met en danger quand même la diversité et on est les premiers touchés.
Je me posais aussi une question : vous chantez en français et souvent la scène rock, vous vous réclamez plus du punk, ce sont souvent des gens qui chantent plutôt en anglais. Je me demandais pourquoi vous aviez choisi le français ?
MC Vieillard : Parce que je ne comprends pas qu'on chante pour ne pas être compris de son public. C'est vrai que notre public capte en général le français. Je parle anglais aussi.
Et non, j'ai du mal à capter ce truc de faire de la musique sans sens. En tout cas, ça ne nous intéresse pas du tout et on se rend compte qu'ils sont sur la musicalité des sons, enfin je parle pour la partie voix.
J'avoue que je m'en fous de la musicalité de la voix. C'est sympa un petit peu mais j'ai vraiment envie qu'on comprenne ce qu'on dit au premier coup. Enfin, évidemment que si j'allais jouer en Italie, ça ne marcherait plus.
DJ Conant : On a joué en Allemagne il n'y a pas longtemps, on a tout traduit. On ne parle pas un mot d'allemand mais on a passé un long moment avec la personne qui nous accueillait qui était bilingue et qui était notre interprète, à faire traduire la majorité de nos interventions et pour celle qui était vraiment trop compliquée à traduire, on a appris la phrase : "on va maintenant appeler notre interprète sur scène" pour qu'elle vienne traduire.
MC Vieillard : Quand tu as un public qui peut t'écouter, on a la chance maintenant d'avoir un vrai public. Avant, on jouait dans un squatt avec 20 potes qui nous ressemblaient, qui pensaient la même chose. Maintenant, dans ce festival, je ne suis pas sûre du tout que la majeure partie du public pense comme nous. On va pouvoir parler féminisme, antifascisme, communisme, etc. Quand tu es sur une scène pareille avec autant de monde, ça vaut le coup qu'on te comprenne.
DJ Conant : Voilà. C'est de la propagande politique.
Je me demandais aussi qu'est-ce que les petites vulves avaient envie de faire quand elles étaient enfants ?
MC Vieillard : Eh bien, tu sais quoi ? J'ai rêvé d'être comme Joey Starr un jour. Ce n'est pas la personne la plus convaincante dans ses idées. Et j'aimais aussi beaucoup Lauryn Hill. Et peut-être je suis pile entre les deux, entre Lauryn Hill et Joey Starr. Pile au bon milieu. Sinon, je voulais faire de la BD. Soit Joey Starr, soit BD.
DJ Conant : Moi aussi, je voulais faire de la BD ou de la chanson. J'ai fait plein de petites chansons avec mon synthétiseur qui avait deux touches. Je n'ai jamais pu faire de cours de musique parce que ça coûtait trop cher. C'est pour ça que je suis arrivée à l'âge adulte et je ne savais toujours pas en faire, mais j'avais toujours envie de faire ça.
MC Vieillard : J'aurais bien aimé être gardienne de zoo aussi avec les hippopotames. Je voulais m'occuper des hippopotames. Mais ça, c'est plus petit et ça n'a aucun rapport avec le sujet.
DJ Conant : Archéologue aussi. Archéologue pourquoi pas.
DJ Conant : Et maintenant, j'aimerais bien être biologiste. Je suis passionnée de biologie. J'ai envie de faire un métier scientifique où tu es dans ton labo avec des grosses lunettes et des microscopes.
DJ Conant : Et toi, tu vas faire quoi plus tard ?
MC Vieillard : Bah moi, j'aimerais bien avoir un camping municipal. J'adore les vacances et les campings municipaux. Être fonctionnaire des vacances, quoi.
DJ Conant : Moi, j'aime bien faire des galettes aussi, des galettes bretonnes.
MC Vieillard : Tu viendras en faire dans mon camping.
Est-ce que vous avez une anecdote drôle ou pas ou les deux de ce qui s'est passé sur scène ? Est-ce que vous avez un souvenir super drôle d'un concert ou un souvenir super pas drôle ?
DJ Conant : C'était le dernier concert de la dernière tournée, on était super contentes et excitées. On a bu énormément d'alcool avant de jouer et on jouait pareil que ce soir très tard. Mais là, tu as vu, on boit des softs parce qu'on s'est déjà fait avoir une fois. Il y avait quand même tout l'épuisement de la tournée. Il y avait un gros enjeu parce qu'on avait notre copain qui nous a suivies depuis le début du projet qui était là dans la salle. On voulait surtout pas se louper.
Et en plus, on avait, comment dire, modifié, dévissé un petit peu mon synthétiseur pour pouvoir faire un effet scénique avec. Enfin, je ne sais pas, j'ai explosé mon synthé sur cette date mais attends, on n'en est pas là. Ce qui s'est passé, c'est que dès le début du concert, on a fait notre première chanson d'ouverture et là, il a fallu prendre le micro pour se présenter, dire bonjour au public et tout.
MC Vieillard : Et on avait mis nos grandes robes CGT, papiers bulles pour être vraiment belles pour notre dernier concert de la tournée.
DJ Conant : On a fabriqué des robes avec des drapeaux et des chasubles CGT et moi, j'avais plein de papiers bulles pour faire comme les robes de comtesse là !
Bref, je prends le micro et je veux parler et ma voix ne sort pas dans le micro. Du coup, je me dis merde, effet loupé. Donc, je vais devoir me rattraper en faisant un truc un peu acrobatique. Donc, j'ai sauté de la scène. Pendant les balances, je m'étais dit : "ah, la scène est un peu haute et les crash barrières sont un peu loin. Il faudra que je me souvienne de ne pas sauter de la scène".
Et là, donc, c'était à vide. Il n'y avait pas de son, il n'y avait pas de guitare, il n'y avait pas de musique du tout. J'ai sauté et je pense que c'est la fatigue et mon corps n'a pas supporté ce saut et je suis arrivée sur la petite marche qu'il y a derrière les crash barrières et mes deux pieds se sont relevés vers les tibias et ça fait crac, crac. J'ai vu le regard effaré du public. J'avais hyper mal aux pieds au point que je ne pouvais pas remonter et tu m'as hissée.
MC Vieillard : J'ai dû la hisser mais ils avaient oublié de mettre l'escalier. C'était très dur.
DJ Conant : C'était la première chanson du concert et je ne pouvais pas me relever, j'avais mes énormes fesses en papier bulle et elle me hissait comme une espèce de grosse chenille.
MC Vieillard : Et elle a eu quatre fractures aux pieds.
DJ Conant : Mais j'ai fait tout le concert. Je me suis cassé les talus. Trois fractures.
MC Vieillard : Pour moi, tu avais fait deux de chaque côté ! Elle a fait tout le concert mais elle ne pouvait plus bouger. Elle a bougé très très fort les bras pour contrebalancer et elle s'est fait des tendinites aux bras. (Rires) Le lendemain, elle ne pouvait plus bouger d'un poil.
DJ Conant : C'est très drôle mais c'est très douloureux. (Rires) J'ai encore mal, ça fait un an et demi et pendant quatre mois, j'ai été immobilisée et j'ai fait énormément de rééduc'. Heureusement, c'était le dernier concert de la tournée.
Tu te rends compte ? L'avant-dernier, c'était déjà assez chiant. D'ailleurs, je me suis déboîté le coude il y a quelques semaines et on avait La Cigale dix jours après et trois concerts avant La Cigale. Autant te dire qu'une semaine après m'être déboîté le coude, j'avais une espèce de gros plâtre et j'allais quand même faire des concerts.
Alors, j'ai une question qui n'a plus rien à voir. Vous êtes tatouées, qu'est-ce que vous pensez du tatouage ?
MC Vieillard : Moi, rien du tout. J'ai fait ça pendant le confinement avec une aiguille à tricoter. C'est un auto-tatouage. On l'a fait ensemble. On a la même micro-vulve fait avec de l'encre de Chine et des aiguilles.
DJ Conant : Je me suis fait aussi une faucille, un marteau et le VM pour la Vierge Marie au cas où, on ne sait jamais. (Rires) Et quand le lendemain j'ai vu ça, j'ai pleuré. J'étais là, oh la la, mais que c'est moche ! Je vais voir ça tout le temps. Quand je vais manger, quand je vais lire un livre et tout. Quand je vais prendre mon papier toilette, je verrai tout le temps ces trois trucs moches.
Alors après, cela dit, ça peut être recouvert.
DJ Conant : C'est sur mon pouce ! C'est pour expliquer aux lecteurs.
Lofofora est passé au Hellfest. Je sais pas si vous avez vu ce qu'ils ont fait lors de leur dernier passage. Ils sont montés sur scène avec des membres des Femen pour dénoncer les violences sexuelles qui se passent au Hellfest (entre autres) pour dénoncer l'organisation qui continue à faire jouer des groupes qui ont des casseroles au cul pour parler poliment. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
DJ Conant : On fait souvent monter plein d'organisations politiques, syndicales, associatives sur nos concerts. Je pense que c'est un bon endroit pour faire de la propagande (comme je le disais tout à l'heure). Nous c'est le planning familial ou CGT Montparnasse, Utopia 56 par exemple.
J'ai vu que vous aviez eu pas mal de "soucis" avec l'extrême droite suite à votre passage au Hellfest.
MC Vieillard : Pas pour le Hellfest. On n'a pas joué au Hellfest.
J'ai mal lu...
On a joué sur la cage du Hellfest qui est la porte d'entrée, gérée par une association qui fait les décors. Et aussi, autre petit détail, ce n'est pas une grande scène du Hellfest, c'est une cage qui fait 2 mètres sur 2 sur 2. Donc c'est tout petit, on n'est pas du tout dans le même contexte que le Hellfest. On a les copains de Poésie Zéro qui jouaient sur une grosse scène. Je ne sais pas si tu connais Poésie Zéro, c'est un groupe de punk. Ils nous ont fait monter sur scène pour faire un morceau avec eux. Mais notre visibilité n'était pas énorme parce que c'est l'entrée du Hellfest, ça reste une scène microscopique gérée par une autre association. Justement, c'est quand on a de la visibilité qu'on nous emmerde mais là, on en avait très peu, on était dans notre cage.
DJ Conant : A ce moment-là, oui, il y a beaucoup de gens au Hellfest aussi qui apprécient, qui ont aussi des opinions progressistes et qui ont apprécié notre présence. En tout cas, on nous a fait beaucoup de retours dans ce sens.
Là où on a dû plutôt s'expliquer, c'est justement pour les gens qui n'étaient pas au Hellfest, qui n'aiment pas le metal, qui ne comprennent pas comment on peut accepter d'aller jouer là-bas, expliquer que c'est aussi notre démarche d'aller partout là où on ne nous attend pas forcément pour, ce qu'on disait tout à l'heure, faire de la musique et de la propagande et avoir une grande audience.
Quand on est emmerdées suite à des festivals comme les Vieilles Charrues ou la Fête de l'Huma, ce n'est pas suite au festival mais suite aux vidéos de nous qui sont parues. Comme sur une vidéo du Hellfest qui est parue sur arte.fr et là on a eu des soucis. C'est la Fachosphère le problème et pas le pubic.
Quels sont vos projets à venir ?
MC Vieillard : On vient à peine de sortir notre album, donc là on reprend la tournée. On a du pain sur la planche pour sauver le monde en 2027.
C'est ainsi que s'est achevé cette interview passionnante. Je remercie chaleureusement les artistes de m'avoir reçu et Lisa d'avoir permis cette interview.
