"Bird hit the glass
I can’t see in front of me
Let me go on, let me go
Hit a nosedive, cannonball"

Déjà le groupe anglais composé de Billy Ward (chant, guitares), Emmie-Mae Avery (chant, claviers / synthés), Vera Leppänen (chant, basse), Clio Starwood (violon) et Lola Cherry (batterie) gagne le trophée du nom le plus wtf. Enfin pas tant que cela puisque ce nom a une origine littéraire : alors qu'il faisait partie d'un ciné-club à 16 ans, Billy Ward a remarqué sur une étagère un ouvrage intitulé Men, Women and Chainsaws, essai orienté vers le féminisme de la théoricienne du cinéma Carol J. Clover consacré au cinéma d'horreur, dont le titre a simplement séduit les membres du groupe par sa sonorité.

Le débat que soulève Cannonball n'est pas tant celui de sa qualité (absolument indéniable) que celui de son statut générique. Man/Woman/Chainsaw appartient à cette génération post-Windmill (ce pub et salle de concert emblématique de Brixton à Londres berceau de la scène post-punk des années 2010-2020 où sont passés notamment Shame, Black Country, New Road, Dry Cleaning, Squid ou encore Black Midi) qui a fait de l'hybridation son principe organisateur plutôt que son ornement. Le violon de Clio Starwood par exemple n'y fonctionne pas comme couleur additionnelle sur une base rock, mais comme voix mélodique à part entière, en contrepoint constant des lignes vocales. La configuration instrumentale (guitares saturées, claviers, basse chantée, violon, batterie) produit une texture où la hiérarchie classique du groupe rock (rythmique/harmonie/mélodie) se trouve continuellement redistribuée.

Sur le plan formel, l'album se construit autour d'une dichotomie, comme si du chaos apparaissait la lumière. Les morceaux ne juxtaposent pas forcément des sections contrastées selon une logique couplet refrain classique, mais organisent des bascules brutales entre régimes sonores opposés,: la ballade et le déchaînement, la retenue et la saturation. Cette structure, produit un effet de surprise permanent : l'auditeur ne peut jamais anticiper la texture du morceau suivant, ni même celle de la partie suivante à l'intérieur d'un même morceau.

Le problème critique que pose Cannonball (qui n’en sera pas forcément un pour tout le monde) et qui mérite d'être examiné plus finement qu'un simple relevé d'influences, est celui de la cohérence d'un langage stylistique construit par accumulation de références assumées (Black Midi (avec qui ils partagent d'ailleurs un producteur, Seth Evans), Black Country, New Road, Nick Cave, LCD Soundsystem, Adèle) sans que ces emprunts soient toujours digérés en un idiome propre.

L'alchimie vocale à trois voix, répartie entre Ward, Avery et Leppänen sans partition genrée des timbres, constitue sans doute l'élément le plus singulier et le plus abouti du disque : elle échappe aux logiques de lead / harmonie habituelles pour instaurer un dialogue entre les voix, seule dimension de l’album (avec l’utilisation du violon) où l'on entend distinctement une grammaire propre au groupe. Pour autant, on pourra parler d’une musique excitante, plurielle mais égalitaire, audacieuse, cohérente, contrastée avec des titres solides : "Nosedive", "Get Up And Dance", "Flick of the Wrist", "The Thing", "Canyons", "Only Girl".