Shearwater est un groupe américain fondé à Austin, au Texas, à la fin des années 1990. Il est principalement associé à Jonathan Meiburg, chanteur, auteur-compositeur et figure centrale du projet. Le groupe naît dans un contexte de collaboration musicale avec Will Sheff, tous deux participant à Okkervil River, autre magnifique formation, avant de s’émanciper progressivement comme entité autonome.
Jonathan Meiburg, qui devient le principal architecte du projet, développe très tôt un univers marqué par une sensibilité littéraire, une attirance pour les structures amples et une attention particulière aux images de la nature, de l’exil, de l’isolement et de la disparition. Le nom même de Shearwater (un oiseau marin) annonce déjà une esthétique du déplacement, de la migration, de la nature, de l’écologie, et de l’horizon.
Au fil des albums, le groupe consolide une identité sonore reconnaissable : une écriture souvent lente à se déployer, des arrangements de plus en plus élaborés, une voix haute et expressive, et une propension à faire de chaque album une sorte de paysage affectif. La discographie de Shearwater témoigne ainsi d’une montée en ambition formelle, passant d’une sensibilité indie-folk relativement contenue mais magnifique à des œuvres plus vastes, plus orchestrées, et parfois quasi conceptuelles (seul Jet plane and oxbow (2016) est un cran en dessous).
Encore une fois dans ce The New World, Shearwater ne cherche ni l’efficacité immédiate de la pop mainstream ni l’abstraction pure de certaines musiques expérimentales. Il élabore au contraire une zone médiane (comme "You and your dog" avec Laurie Anderson), où la chanson devient un lieu de complexification du sensible. Les morceaux s’y déploient souvent par gradation dynamique, avec accumulation de couches, montée expressive et résolution partielle ("Daydream Unbeliever", "The only sound I'm afraid of"…) avec un vrai sens de la mélodie et des arrangements (la subtilité de "Anamnesia"). Il y a comme chez Talk Talk le traitement du temps musical, la primauté du timbre, le refus du format pop standard, la recherche d’une intensité intériorisée, atmosphérique et la transformation progressive de la chanson en espace sonore.
Tout cela participe à faire de ce The New World un disque majestueux, fin, sophistiqué, avec une production tout en rondeur, exigeant et profondément humain, qui s'impose comme l'une des œuvres les plus ambitieuses et intéressantes de Shearwater depuis le sommet qu’est Rook ! En tout cas depuis la trilogie Palo Santo (2006), Rook (2008) et The Golden Archipelago (2010).
