JJerome87. Derrière ce pseudonyme qui fleure bon les belles heures de Caramail se cache Joe Newman, chanteur, guitariste et principal architecte sonore d'alt-J.

Le succès du quatuor britannique reposait sur une équation consistant à concilier une écriture pop immédiatement identifiable avec une recherche formelle permanente. Chez alt-J, rien n'est tout à fait à sa place. Les progressions harmoniques contournent les cadences traditionnelles au profit de la modalité, les rythmiques multiplient les contretemps et les décalages métriques, tandis que les morceaux se construisent par strates, davantage autour des textures et des timbres que de la seule mélodie. Folk, électronique, hip-hop, musique minimaliste ou encore références classiques s'entremêlent sans jamais donner l'impression d'un collage. Cette capacité à brouiller les repères tout en conservant une étonnante accessibilité faisait d'An Awesome Wave un disque aussi audacieux que captivant dont les chansons continuaient de révéler de nouveaux détails au fil des écoutes.

Mais ce genre d’esthétique comporte un risque : celui de devenir sa propre formule. À mesure que les albums se succédaient, l'effet de surprise s'est progressivement dissipé. L'écriture s'est parfois enfermée dans des automatismes, jusqu'à un Relaxer (2017) aussi appliqué que peu inspiré. Plus convaincant, The Dream (2022) laissait entrevoir un regain d'inspiration sans pour autant retrouver la fulgurance des débuts. C'est précisément dans cette période de composition qu'est né ce premier projet solo, comme la prolongation naturelle d'une envie de composer débarrassée des réflexes accumulés au sein du groupe.

Le résultat est sans doute moins spectaculaire, mais clairement plus habité. Là où les derniers alt-J semblaient parfois privilégier le concept à l'émotion, Joe Newman retrouve le plaisir de la chanson. Les influences restent nombreuses : pop solaire aux accents californiens, americana, soul, folk, blues et nourrissent une écriture qui respire, plus instinctive, plus incarnée. La production, d'une élégance discrète, laisse circuler l'air entre les arrangements et redonne toute leur place aux nuances d'interprétation.

Ce dépouillement relatif ne signifie jamais simplification. Les harmonies demeurent riches, les modulations subtiles, les arrangements regorgent de détails, mais tout semble désormais servir la chanson plutôt que l'inverse. Joe Newman conserve cette capacité à déjouer les attentes de l'auditeur, sans ressentir le besoin de démontrer sa virtuosité. En abandonnant une partie de la sophistication qui avait fini par devenir une signature parfois encombrante, il retrouve paradoxalement ce qui faisait la force des premiers alt-J : le goût de la surprise, l'élégance de l’écriture, la puissance mélodique et une émotion qui surgit sans jamais être forcée. Une réussite aussi discrète que profondément convaincante.