Comme tous les ans depuis plus de deux décennies, après avoir vécu 4 jours intenses de concerts, il est toujours difficile de faire un résumé de la magie d'un festival, en particulier quand c'est le plus grand événement français.

Organisation parfaite, météo ni trop chaude ni trop fraîche, avec juste une grosse averse pour accueillir les festivaliers, programmation éclectique, cette édition 2026 du Festival des Vieilles Charrues a une nouvelle fois proposé un savant mélange de toutes les musiques actuelles, des plus populaires aux plus pointues et il est de coutume de faire un rapport forcément subjectif de ces 4 jours de fêtes.

Et tout commence par un jeudi un peu particulier avec des billets qui se sont vendus en 1 heure seulement en raison d'une affiche courte mais alléchante : 6 groupes seulement sur 2 scènes mais surtout la présence inédite d'une star américaine : Katy Perry. Les fans, présents dès l'ouverture, sont accrochés à leur barrière et profitent de la prestation de Gims, en retard à cause des orages, et escorté par les motards pour arriver en urgence sur la grande scène Glenmor où il peut chauffer la prairie avec tous ses tubes scandés par le public qui se resserre sous un soleil de nouveau présent.

La nuit tombe et l'intro de Katy Perry est à l'image de tout son spectacle : drôle, acidulé et parfaitement réalisé. Un portable géant présente l'artiste arrivant sur le site, assaillie par les demandes, les messages et les sollicitations. Elle débarque portée par une armée de gros bras, parodies de bodybuilders, avant de lancer le show alternant chansons intimistes à la guitare, passage dans la foule dans sa bouteille géante ou le salut final des fans avec une chanson presque entière accrochée à un heureux admirateur. Un vrai show à l'américaine pour bien démarrer le long week-end rempli de feux d'artifice.

Retour à la normale ce vendredi avec un planning de plus de 20 concerts sur les 4 scènes habituelles. Les deux plus grosses alternent les têtes d'affiches tandis que le chapiteau Gwernig accueille des musiques traditionnelles ou plus rares dans une ambiance amicale et détendue. La troisième scène Grall propose comme tous les ans les nouveautés, les découvertes et les révélations de l'année dans tous les styles. Et en premier lieu, Ne Rangez Pas Les Jardins, le premier groupe selectionné par le Label Charrues et mis en avant par l'organisation depuis plusieurs mois. Poésie pop folk menée par Léa Digois avec quelques envolées bruitistes et des textes finement travaillés. On ne s'y trompe pas et on profite du spectacle en ce début de journée.

Et c'est également sur cette scène qu'aura lieu quelques heures plus tard le concert le plus percutant de la journée avec la comédienne et chanteuse Jehnny Beth, déchaînée sur scène et accompagnée par le guitariste Johnny Hostile. L'ancienne chanteuses des Savages rôde sur son plateau comme un lion en cage avant de se précipiter à multiples reprises dans le public. C'est fort et sauvage.

Tout comme plus tard dans la soirée le sera le concert de Nick Cave and the Bad Seeds, debout parmi ses fans dès les premiers titres et pour une prestation fleuve de 2h30 devant 60000 personnes parfois conquises, parfois perplexes devant les titres de ce mythe du rock australien.

Déjà deux jours de concerts, et ce samedi, c'est encore un grand écart entre la venue de Aya Nakamura juste avant les explosifs Sprints ou encore Interpol, plutôt habitués des festivals de rock indépendant mais très attendus par leurs fans.

Et tout commence comme le vendredi par la sélection Label Charrues avec No Pain No Pain qui nous propose en plein milieu d’après-midi un post-rock assez metal pour le plus grand bonheur des rockeurs de notre petite scène préférée (jauge à 20000 spectateurs tout de même). Le trio breton est rassemblé au milieu du plateau et égrene les titres soufflant le chaud et le froid sous le soleil de Carhaix.

Rock toujours, peu de temps après, avec les Sprints, originaires de Dublin et menés par la volcanique Karla Chubb, Jagstang en bandoulière, pour un punk noise dynamique. Les titres s'enchaînent sans pause avec une fraicheur rare devant la partie du public qui ne se trouve pas dans la foule immense rassemblée pour le show de la diva Aya Nakamura, désinvolte, supportée par ses danseurs dans un show à grand spectacle.

La nuit venue, il est temps d'assister à notre concert du week end avec les New Yorkais d'Interpol. Rares en festivals, mythiques sur nos platines, les compères mixant cold wave et rock punk depuis plus de vingt ans démarrent leur concert dans une ambiance sombre rappelant les lumières rouges de leur premier album. Leurs tubes vont se succéder pendant une petite heure et quart, mélangeant les arpèges sur une rythmique métronomique. Le groupe de Paul Banks parvient à retenir le public avant la fin de soirée de ce samedi encore riche en voyages musicaux.

Pour finir en beauté, le dimanche comportait, à nos yeux, la programmation la plus facile d’accès avec des têtes d’affiches grand public tout au long de la journée, en commençant par Miossec qui ouvre le bal, en trio. Le Brestois est ému de se présenter une nouvelle fois sur le plus grand festival de sa région et, s’il reprend plusieurs de ses titres les plus connus en versions très calmes, laisse également la place à des titres plus confidentiels et récents. Un démarrage de journée très en douceur et émotion.

On passe ensuite sur la grande scène avec Suzane qui, après un passage en demi-teinte en 2023, seule, nous présente son nouveau spectacle accompagnée de 4 danseuses pour mettre en scène son dernier et excellent album Millénium. Des titres puissants comme "Je t’accuse" ou "Champagne" trouvent un écho visuel dans la chorégraphie, un véritable spectacle qui nous laisse sans souffle après une heure haletante.

Et tandis que Orelsan fait une relecture live de son film Yoroï, avec écran géant et un flow toujours aussi efficace, la scène Grall, l'alternative aux têtes d'affiche, nous propose une fois de plus une perle sonore avec un groupe de Brooklyn, TVOD, ravis d'être en Bretagne et qui vont asséner à un parterre d'amateurs de punk-rock une heure de riffs déchaînés à l'image de leurs tubes "Car Wreck" ou encore "Uniform".

Un dernier passage sur la grande scène pour voir le show de Rilès en fermeture du festival et il est l'heure de quitter cette prairie, lieu de plus de 70 concerts tellement variés, en attendant l'année prochaine avec impatience.

Crédit photos : Frédéric Villemin (Toute la série sur Taste of Indie)