La carrière de Temples aura connu des fortunes diverses, entre hauts (Sun Structures en 2014 et Volcano en 2017) et bas (Hot Motion en 2019). Exotico en 2023 renouait avec un psychédélisme aux sonorités rétro, mêlant guitares scintillantes, synthétiseurs vintage et mélodies rêveuses. À la fois coloré et immersif, il proposait une pop élégante évoquant un voyage entre les années 70 et une modernité subtile, portée par une ambiance hypnotique et lumineuse.

Bliss comblera-t-il les fidèles de Temples ? Rien n'est moins sûr. Le groupe britannique opère ici un virage sensible, délaissant progressivement les volutes psychédéliques qui avaient forgé sa singularité au profit d'une pop synthétique, plus immédiate et ostensiblement calibrée. Si l'on retrouve encore les mélodies en arabesques (le côté orientalisant est très présent) et le timbre si reconnaissable de James Edward Bagshaw, l'ensemble évoque désormais davantage l'évolution de Tame Impala que les rêveries psychédéliques de leurs débuts : une musique plus frontale, plus accessible, mais aussi moins mystérieuse.

Le résultat est quelques bons titres ("Jet Stream Heart", "Vendetta", "Megalith") où les Anglais montrent leur capacité à etre encore capable de ciseler des mélodies qui s'insinuent durablement dans la mémoire. Mais ces réussites côtoient des morceaux plus anecdotiques, voire franchement dispensables. "Revelations", "Horizon" ou "Waiting on the echoes" notamment, donnent le sentiment d'un groupe qui confond exubérance et inspiration, jusqu'à frôler la caricature, avec cette impression que le groupe dilue ce qu’il avait de pertinence, de subtilité dans son écriture.

Reste une interrogation : cette mue est-elle l'expression d'une véritable ambition artistique ou la conséquence des réceptions plus mitigées de Hot Motion et, dans une moindre mesure, d'Exotico ? Il est encore trop tôt pour trancher. Une chose, en revanche, s'impose à l'écoute de Bliss : Temples paraît aujourd'hui à la croisée des chemins, au risque de perdre, en cherchant à séduire le plus grand nombre, cette identité qui en faisait l'un des groupes les plus fascinants de la nouvelle scène psychédélique britannique.