Parmi la pléthore de disques de piano solo pensés comme des miniatures, il faut continuellement séparer le bon grain de l’ivraie. Peu nombreux sont ceux qui dépassent la juxtaposition de pièces charmantes conçues comme de simples albums de bis ou de morceaux de salon pour devenir un véritable projet artistique. Ce ne sera pas une surprise mais le nouveau disque du polymathe (pianiste, écrivain, enseignant, compositeur…) Stephen Hough est un très bon cru.

Son programme (la Suite Mary Poppins de Richard Sherman & Robert Sherman Arr. Stephen Hough, le Prélude n°14 d’Abram Chasins, Liebesleid de Fritz Kreisler arr. Sergueï Rachmaninov, Cielito lindo de Quirino Mendoza y Cortés Arr. Stephen Hough, Andaluza d’Enrique Granados, Nature boy d’Eden Ahbez Arr. Stephen Hough, Aka tombo de Kosaku Yamada, To a wild rose d’Edward MacDowell, Minuet in G Minor d’Handel Arr. Kempff for Piano, Toccata de Cécile Chaminade, l’Étude in A minor de Jean Sibelius…) d’un éclectisme savamment pensé, dessine une géographie musicale où les frontières stylistiques s'effacent au profit d'une même exigence poétique. Itinéraire où chaque escale ouvre une fenêtre sur un univers singulier.

Ce qui pourrait n’être qu’un simple florilège devient une véritable invitation au voyage. Ces miniatures prennent la valeur de souvenirs glanés aux quatre coins du monde, de cartes postales musicales dont chaque pièce raconte une histoire. L'art du pianiste réside précisément dans cette capacité à faire oublier la virtuosité pour ne conserver que l'essentiel : le chant, la couleur et le phrasé naturelle de la phrase. Il ne juxtapose pas les œuvres, il les relie par une intelligence narrative qui donne à l'ensemble une étonnante unité.

L'enregistrement, réalisé dans l'acoustique généreuse de l'église St Silas the Martyr de Kentish Town, à Londres, magnifie les qualités d'un Yamaha CFX capté avec une remarquable proximité. Le piano chante avec une clarté cristalline, sans jamais perdre cette douceur veloutée qui caractérise le jeu de Hough. Chaque nuance trouve sa juste place dans un espace sonore à la fois ample et intime.

On retrouve tout ce qui fait la signature du pianiste britannique : un toucher d’une grande délicatesse, un sens des couleurs, une élégance qui ne verse jamais dans la préciosité et, surtout, cette faculté singulière d'insuffler une profondeur expressive aux pages qui pourraient paraître anecdotiques (Do You Want to Build a Snowman ?, la Suite Mary Poppins, Remember Me (From "Coco"…). Chez lui, aucune miniature n'est mineure. Chaque pièce devient un microcosme où s'équilibrent émotion, architecture et imagination.

Cet album est une leçon de goût, de curiosité et de musicalité, un voyage délicat dont on referme le carnet avec l'envie immédiate d'en reprendre le chemin.