Pièce écrite et mise en scène par Céline Delbec avec Isabelle Darras ou Louison De Leu et Céline Delbecq.
Elle est à son bureau d'où elle écrit, et joue tous les personnages. A gauche de la scène, une petite maison de poupées avec à l'intérieur, des petits objets et des playmobils pour figurer les personnages. Une caméra restitue l'animation dans cette maison, manipulée parfaitement par Isabelle Darras en osmose totale avec sa partenaire.
On aime beaucoup l'écriture de Céline Delbecq qu'on avait découvert dans "Les intrépides" avec son texte "Phare" et dont "A cheval sur le dos des oiseaux" avait été un vrai coup de coeur il y a quelques années. Sa façon de s'emparer de thèmes sociaux et son talent pour aller au fond des choses avec une écriture vibrante inspirent un profond respect.
Dans "Le Silence de Claire Lagrange", l'autrice belge fait une nouvelle fois la preuve de son incroyable capacité à construire comme une mécanique de précision, un texte qui vous emmène sans que vous ne vous en aperceviez, à une vérité insondable et pourtant tellement banale.
Avec cette forme singulière, conçue à partir de ses propres ébauches de travail pour ses pièces (et grâce à la scénographie épatante de Ronald Beurms) où tandis que dans l'histoire tout se dérègle, tout se met en place dans la dramaturgie de Céline Delbecq.
Sur le plateau, telle une véritable cheffe d'orchestre, tandis que par petites touches s'installe une ambiance inquiétante, elle dose chaque scène parfaitement, faisant monter l'émotion, et peu à peu se précise le portrait de Claire Lagrange.
Céline Delbecq interprète, avec une clarté totale pour passer d'un personnage à l'autre, ses dialogues acérés et jubilatoires. Et la logorrhée qu'elle déploie chez tous les autres protagonistes contraste de plus en plus fort avec le mutisme de Claire dans cette maison qui semble être un établissement hospitalier, à la lisière de la forêt.
La dernière partie, éblouissante, donne la clé du mystère de cette femme mutique, faisant au passage le portrait d'une société aveugle qui se fissure.
Un travail efficace et d'une grande profondeur qui dit le manque de soins et fait éclore des mots chez l'enfant muet que la peur a paralysé.
Vertigineux et totalement bouleversant.
