Comme le dit la mezzo-soprano Hélèna Sorokina, "chanter, c’est un acte de liberté". Cette liberté irrigue toute la démarche artistique de Claudia Solal. Elle s’exprime dans sa manière d’envisager la voix comme un espace d’exploration permanente, où les timbres, les techniques vocales, les langues et la musicalité des mots deviennent autant de territoires à parcourir. Son chant ne cherche jamais la démonstration : il privilégie la sensation, le mouvement et, surtout, l’émotion.

Cette liberté, Claudia Solal la trouve dans sa façon de penser le chant, de travailler les timbres, les techniques, et la sonorité des textes. Sa recherche musicale trouve un écho naturel dans l’univers de Benoît Delbecq. Son piano préparé, à la fois précis, élastique et organique, construit des paysages sonores par petites touches délicates, presque pointillistes. Chaque note semble naître de la précédente, se transformer, ouvrir un nouvel espace d’écoute. La musique se déploie avec une souplesse, avec quelque chose presque mathématique, mais sans jamais perdre sa dimension sensible. Elle respire, se métamorphose et laisse constamment place à l’imprévu.

Honour Oxygen ambitieux, exigeant, est avant tout une œuvre du dialogue. Rien n’y est figé : la voix et le piano s’écoutent, se répondent, se provoquent parfois, s’accompagnent toujours. Les deux musiciens inventent un langage commun où l’improvisation nourrit la composition, où chaque intervention de l’un invite l’autre à déplacer son discours. Cette écoute réciproque crée une tension subtile, une circulation permanente des idées et des émotions qui donne au projet sa profonde cohérence.

Claudia Solal puise la musique dans les moindres inflexions du langage. Elle joue avec les sonorités, fait résonner les mots autant que leur sens, passant naturellement du français à l’anglais. Sa voix, chaleureuse, ronde et lumineuse, ne surplombe jamais le piano : elle s’y fond, s’y appuie ou s’en détache avec une infinie délicatesse. Face à elle, Benoît Delbecq fait surgir, grâce aux résonances singulières de son piano préparé (évoquant parfois les couleurs du gamelan), de véritables mondes imaginaires aux textures riches et mouvantes.

Ce qui frappe avant tout dans Honour Oxygen, c’est cette quête constante d’émotions. Chaque souffle, chaque silence, chaque vibration semble porter une intention, une fragilité ou un émerveillement. Plus qu’un simple dialogue entre une chanteuse et un pianiste, cet album donne à entendre deux artistes qui explorent ensemble, faisant de leur écoute mutuelle le moteur d’une musique profondément libre, sensible et intensément vivante.