Dès les premières notes de Lumithia, une impression s’impose : celle d’une lumière qui traverse l’ensemble du disque. Cette clarté tient avant tout au jeu d’Eleonora Strino, figure marquante de la nouvelle génération du jazz italien. Sa guitare se distingue par une remarquable souplesse, une qualité qui irrigue chaque morceau et donne à sa musique une sensation de liberté et d’évidence.
Chez Strino, rien n’est forcé. Les phrases semblent se déployer naturellement, avec une fluidité qui fait oublier la virtuosité pourtant bien présente. Son toucher délicat lui permet d’enchaîner accords et lignes mélodiques avec une aisance rare, comme si chaque note trouvait spontanément sa place. Cette souplesse se traduit également dans sa capacité à laisser respirer la musique : les silences, les nuances et les variations de dynamique participent pleinement au discours musical.
Son approche évoque celle de grands guitaristes tels que Barney Kessel, Julian Lage, Peter Bernstein, Chuck Wayne ou Kenny Burrell. Comme eux, elle privilégie l’élégance du phrasé à la démonstration technique. Son sens de la ligne mélodique est particulièrement frappant : chaque thème est porté par un chant intérieur qui guide l’écoute avec naturel. Sa reprise de "Danny Boy" en offre un magnifique exemple.
Lumithia entretient un lien étroit avec la littérature. Plusieurs compositions puisent leur inspiration dans des œuvres qui ont profondément marqué la musicienne. On y retrouve l’écho de lectures telles que La Cloche de détresse de Sylvia Plath, Jézabel d’Irène Némirovsky ou encore L’Éveil de Kate Chopin. Ces références nourrissent une musique qui ne raconte pas des histoires de manière frontale, mais qui suggère, évoque et laisse l’imaginaire circuler librement.
Au fil de l’écoute, Lumithia apparaît ainsi comme un album d’une grande cohérence, où la délicatesse du jeu sert un propos profondément humain. La souplesse d’Eleonora Strino devient alors bien plus qu’une qualité technique : elle est une manière d’habiter la musique, de faire circuler les émotions sans jamais les contraindre. Il en résulte une œuvre lumineuse, qui célèbre avec finesse la résilience, le féminisme, l’amitié et la liberté.
