Pièce de Guy de Maupassant adaptée par Roger Defossez et mise en scène par Gwenhaël de Gouvello avec Eurydice El-Etr ou Nancy Loïs, Marie Grach, Karine Pinoteau et Alexandra Sarramona.

Toute l'œuvre de Guy de Maupassant peut se résumer à une anatomie des rapports hommes-femmes dans la seconde partie du XIXème siècle.

Evidemment, en premier lieu, on pense à "Bel Ami" et l'on voit, d'emblée, que le point de vue dominant sera celui du sexe dominant. La femme est l'enjeu, l'objet, la chair fraîche et généreuse. Bourgeoises et paysannes n'ont qu'une issue pour ne pas finir cocottes ou prostituées, faire un bon mariage, éviter les vieux barbons et les libertins. Dans un société corsetée où elle est doit porter jupons...et corsets, difficile pour la femme d'être libre et plus encore de penser au plaisir.

Roger Defossez sait tout cela. Ces quatre "Petites femmes de Maupassant" vont pourtant démontrer que le sexe dit faible, dans une époque où les lois sociétales sont toujours ultra-favorables aux hommes, a quand même plus d'un tour dans son sac pour réussir à triompher de leurs mâles toxiques.

Céleste (Alexandra Sarramona) a invité dans sa villa normande son amie Hortense (Karine Pinoteau) et sa jeune parente Coralie (Eurydice El Etr). Celle-ci est venue en compagnie d'une autre jeune femme, Zoé (Marie Grach), qui est comédienne.

Pendant leur villégiature dans cette Normandie que la scénographie d'Emilien Andro et les costumes de Maxime Rapetti-Mauss ont su rendre proche des tableaux d'Eugène Boudin et d'Auguste Renoir, les quatre femmes vont échanger leurs expériences sur les hommes et comment réussir à mater une engeance qui se croient, souvent à tort, maître du jeu amoureux et sexuel.

Ceux qui ont lu Maupassant reconnaîtront des anecdotes et des propos astucieusement tirés de ses romans et nouvelles par Roger Défossez. On y retrouvera aussi l'ambiance imagée du "Plaisir " de Max Ophuls et d'une "Partie de Campagne" de Jean Renoir.

Dans la mise alerte de Gwenhaël de Gouvello, le quatuor prend joyeusement corps. Céleste conseille ces jeunes invitées, chacune tire les leçons des récits en général plutôt cocasses des autres.

"Les Petites femmes de Maupassant" est un divertissement plaisant, ben troussé et qui sait débarrasser l'auteur du "Horla" de son naturalisme daté et parfois graveleux. Ce sera donc une belle entrée par la scène chez un auteur dont l'œuvre théâtrale est à la fois mince et oubliée.

Les quatre comédiennes sont toutes à leur avantage dans ce spectacle exclusivement féminin qu'elles devraient au fur et à mesure des représentations pousser davantage vers le féminisme.