Réalisé par Lila Pinell. Comédie dramatique. 1h20. Sortie le 17 juin 2026 avec Eva Huault, Noémie Lvosky, Inès Gherib, Anaïs Morah, Bettina de Van, Geneviève Krief, Sékouba Doucouré.

On aurait aimé être les seuls à avoir découvert "Shana" de Lila Pinell, à défendre le deuxième long métrage de la réalisatrice de "Kiss and Cry" (2017),un film déjà prometteur sur les affres d'une jeune patineuse trop poussée par sa mère. Mais, dans le marasme de l'édition cannoise qui vient de s'achever, il était inévitable que cette pépite drolatique et émouvante attire l'attention d'une critique pourtant généralement longue à la détente.

Il faut dire que rares sont les films où peut éclater directement le talent singulier d'une actrice. Il suffit d'un plan, le premier où elle apparaît, pour qu'Eva Huault ait gagné la partie : on ne l'oubliera plus. Elle sera, son physique généreux et sa gouaille banlieue oblige, inévitablement comparée à Nabila et à Béatrice Dalle. Elle opère sans calcul la fusion de ses deux natures. Elle a aussi la chance de tomber en premier sur Lila Pinell qui ne se contente pas paresseusement de profiter de son charisme et lui propose un vrai rôle dans une histoire moins évidente qui n'y paraît puisque la réalisatrice se joue des écuries communautaires claustrophobes et sectaires.

Sans aucun prêchi-prêcha, Shana, avec évidence et gentillesse, sera un lien précieux entre plusieurs mondes. Entre Paris et sa périphérie, entre culture métissée et tradition religieuse, entre marginalité et débrouille, elle ne sera jamais là où on l'attend. Amoureuse d'un dealer africain en prison et prénommé Moïse, n'ayant pas coupé les ponts avec ses origines juives, elle va et vient d'un monde à l'autre. Tout n'est jamais rose, loin de là. Mais ce n'est pas le monde Bardella et de Zemmour. Lila Pinell propose un cinéma humaniste où les choses sont à la fois plus simples et plus complexes que les semeurs de zizanie le souhaiteraient.

Eva Huault s'avère d'emblée une partenaire idéale. Il suffit de voir les scènes qu'elle a avec Noémie Lvosky qui incarne sa mère. Actrice accomplie, celle qui est parallèlement cinéaste sait qu'elle fait face à quelqu'un qui ne tolère pas la demi-mesure. Elle ne sera pas la dernière à profiter d'une nouvelle venue pleine de répondant. Toujours surprenante, Eva Huault est une actrice-née. Elle est Shana mais ceux qui pensent qu'elle ne sera que Shana se trompe certainement. Mieux que la naissance d'une étoile, ici éclot une de ses extravagantes qui ont peuplé le cinéma français. On part d'Arletty et d'Elvire Popesco pour arriver à Arielle Dombasle et Béatrice Dalle, en passant par Maria Pacôme ou Sophie Desmarets. Belle filiation qui devrait convaincre les amoureux du ciné d'hier et de demain.