"From Chicago to New York"

Deux oeuvres influencées par l’horreur : Different Trains de Steve Reich et Pulsing de Bryce Dessner, et le Quatuor Zaïde au service de la mémoire.

Composée en 1988 par Steve Reich, Different Trains est une œuvre pour quatuor à cordes et bande magnétique qui explore le thème du voyage en train à travers une réflexion profonde sur l’histoire du XXème siècle. À travers cette composition, Reich cherche à mettre en parallèle deux réalités radicalement différentes : les trajets qu’il effectuait enfant en train entre New York et Los Angeles pendant la Seconde Guerre mondiale, et les trains qui transportaient des millions de Juifs vers les camps de concentration en Europe.

La structure tripartite (America – Before the War, Europe – During the War et After the War) donne à Steve Reich la possibilité de construire un récit musical qui passe progressivement de l’insouciance de l’enfance à la tragédie historique. Reich utilise des enregistrements de voix réelles, notamment celles de sa gouvernante, de survivants de la Shoah et de cheminots. Les phrases prononcées sont reprises par les instruments à cordes, qui imitent les inflexions et les hauteurs de la parole. Ainsi, la musique semble donner une voix aux témoins du passé.

Il explique lui-même que, s’il avait vécu en Europe plutôt qu’aux États-Unis, il aurait pu être l’un des enfants déportés dans ces trains de la mort. Le titre Different Trains ("Trains différents") souligne cette idée : les mêmes moyens de transport peuvent conduire à des expériences totalement opposées. Pour certains, le train représente le voyage, la liberté, les vacances ou les retrouvailles familiales, pour d’autres, il devient le symbole de la persécution, de l’extermination, de la mort.

L’esthétique musicale, la répétition notamment, caractéristique du style de Reich renforce cette réflexion. Les motifs rythmiques et mélodiques répétitifs rappellent le mouvement incessant des roues sur les rails, mais aussi l’engrenage implacable de l’Histoire. Les sirènes, les bruits de locomotives et les voix enregistrées créent une atmosphère à la fois réaliste et émouvante.

Si Reich souhaitait évoquer la fragilité du destin humain et rendre un hommage poignant aux victimes de la Shoah, Bryce Dessner s’inspire des feux du bush australien et de l’incendie de Notre-Dame.

Sans être anecdotique, même avec ces motifs en perpétuelle évolution cette dernière fait quand même bien pâle figure après celle de Steve Reich.