On ne va pas réécrire l’histoire : peu de groupes belges auront marqué les années 2000 avec autant d’intensité que Ghinzu. Après une longue traversée du désert et un silence discographique qui semblait annoncer une disparition définitive, beaucoup avaient fini par considérer le groupe comme un beau souvenir. Leur dernier album, Mirror Mirror, remontait déjà à 2009. Quinze ans plus tard, leur retour avec W.O.W.A. suscite inévitablement autant de curiosité que d’attentes.
Dire que l’on retrouve le groupe belge comme au premier jour, comme au temps de sa splendeur : Blow en 2004 avec l’accrocheur "Do You Read Me" qui est devenu leur tube, serait un tantinet exagéré. Pour autant, ce W.O.W.A. est loin d’être indigne.
Ce nouvel opus conserve les ingrédients qui ont toujours distingué la formation bruxelloise : une ambition artistique débordante, un goût assumé pour les contrastes et la capacité à mêler rock, pop, électro et envolées progressives dans un même mouvement. Ghinzu continue de bâtir des paysages sonores denses et foisonnants, où se croisent lyrisme, tension dramatique et recherche permanente de grandeur. Derrière ces compositions se dessinent aussi des récits de fractures, de doutes et de renaissance, autant de thèmes qui résonnent avec le parcours du groupe lui-même.
Mais cette richesse constitue également la principale limite de l’album. Ce W.O.W.A. est aussi enthousiasmant et passionnant que fatiguant, trop de diversité tue la diversité même quand elle est maîtrisée, avec les mêmes problèmes que pour Mirror Mirror : le manque parfois de fluidité et de cohérence.
Malgré ces réserves, difficile de rester insensible à l’énergie qui traverse l’album. La voix singulière de John Stargasm et les mélodies conservent leurs pouvoirs d’attraction, tandis que plusieurs titres rappellent avec éclat pourquoi Ghinzu demeure un groupe à part dans le paysage rock européen. "When Other Worlds Await" séduit par son souffle épique, mais c’est surtout lorsque la formation choisit la retenue que la magie opère pleinement. Les délicates "Breathless Words", "Apologies", "Forever" et "Fool" révèlent une finesse d’écriture et une maturité qui comptent parmi les plus belles réussites du disque et qui justifient leur retour.
