La première fois que j’ai rencontré Jean-Pierre Montal, c’était il y a précisément 23 ans, le 22 juin 2003 à l’occasion d’une interview avec son groupe de l’époque, Temper. C’était à la Guinguette Pirate, quelques heures avant leur concert en première partie des tout jeunes The National alors compagnons de label puisque les deux groupes étaient signés chez les formidables Talitres.

Je découvrais alors un groupe originaire du même coin de France que moi, ça rapproche, quelque part entre Montbrison et Saint-Etienne et surtout un groupe qui savait faire sonner le rock, à la new yorkaise, avec assurance et nonchalance mêlées. L’album New Place New Face m’avait semblé être le début d’une chouette histoire mais au final, Temper n’a sans doute pas eu le succès que je leur souhaitais.

Depuis, chacun des membres du groupe (Anne Laure, Arnaud) est parti vers d’autres horizons, Jean-Pierre Montal y compris puisqu’il est aujourd’hui plus loué pour ses talents d’auteurs de romans (La Face Nord sorti en 2024 à remporté le prix des Deux Magots, excusez du peu, mais également un ouvrage sur Maurice Ronet, une de ses idoles). A tel point que la face Wikipédia de Montal ne fait guère cas de sa carrière musicale.

Cette longue pause musicale a pourtant, et enfin, pris fin il y a 2 ans alors que sortait le premier album de son nouveau projet Les Mercuriales. Les choses m’échappent est un recueil de 6 titres avec un goût de trop peu et il aura donc fallu 2 ans pour enfin voir arriver son grand-frère au titre épatant L’exil loin des slows.

Cette fois-ci, nous aurons la chance de profiter de 9 titres au lieu de 6 mais ô surprise ! la durée globale de l’album n’est pas significativement plus longue. Mais qu’importe la quantité pourvu qu’on retrouve la patte de Montal et sa bande. Car oui, si Jean-Pierre est un parolier hors pair, il est aussi bien entouré de Thomas Florin (dont nous avons la fierté d’avoir eu comme chroniqueur il y a… oops 20 ans déjà), Sophie Massa, Stanislas de Miscault, Fred Collay, Samuel Ramon, Nathanaëlle Hauguel ainsi que Paul Rannaud et Vincent Hivert aux manettes pour parfaire le tout dans une production à la fois élégante tout en restant naturelle.

Dans la continuité du précédent album, on retrouve ici le chant un rien nonchalant de Montal, à la façon d’un Lou Reed, nous raconter ses drôles d’histoires, de vie, d’amour sur une musique hypnotique, aux guitares qui répondent à la nonchalance de la voix avec ce je ne sais quoi d’organique, de pas toujours très propre sur soi qui ajoute le grain nécessaire pour donner tout le relief aux mélodies et à la prosodie du chant.

"Face Nord", qui reprend avec un rien d’égo le titre de son dernier roman en date, ouvre la voie de 9 titres qui filent trop vite. On y croisera aussi Jil Caplan dans un échange verbal malin et amusant autour des grands auteurs.

Le disque se termine par "L'exil loin des slows", sorte de slow poisseux aux ambiances de fin de soirée dans un club interlope.

Si les textes très narratifs sont l’épine dorsale de tout cet album, c’est un véritable album de rock que nous livrent Les Mercuriales, un vrai groupe avec un vrai chanteur, bien plus intéressant que les tentatives arty d’autres auteurs avant Montal.

Fin du fin, à la manière de Swell sur 41, la dernière chanson intitulée justement "Générique de fin" verra Jean-Pierre Montal récité les crédits du disque pour se terminer sur une boucle sonore qu’on aurait presque envie de laisser tourner à l’infini, histoire de profiter encore un peu de l’ambiance. "Tout finit bien puisque tout finit".