Le dimanche, c'est traditionnellement le jour des mariages à Bamako. Le bal, c'est, non moins traditionnellement le samedi soir dans la France profonde et jadis à Paris.

Mais, y a-t-il encore des bals populaires dans une capitale où Jo Privat n'a pas sa rue et où les féministes ont oublié Yvette Horner ? Pourtant, l'heure n'est pas à la nostalgie grognon... Dorénavant, n'en déplaise à ceux pour qui le 104 n'est qu'un temple bobo, c'est là le haut lieu du guinche municipal et dominical. Et c'est là, en saison, que le dimanche après-midi, les Parisiens et les Parisiennes de tous les âges et de toutes les classes sociales peuvent s'appairer au son d'orchestres bien choisis.

Le Dimanche 31 mai 2026, pendant près de deux heures, les clés musicales et la piste de danse du 104 avaient été remises au Collectif Grand POP.

Ce n'est pas la première fois, et sans doute pas la dernière, car le public centquatriste en redemande et les six protagonistes qui composent le Grand POP, sous la houlette de l'artiste tous terrains Pierre-Jules Billon, ne renâclent jamais à l'ouvrage.

Ils ont intitulé leur spectacle, qui tourne depuis 2023, "Le bal à Béné". "Spectacle", il faut utiliser ce terme que la troupe peut revendiquer haut et fort : il ne s'agit pas simplement d'accompagner musicalement les danseurs et de répondre à leurs demandes. Il y aura les danses attendues, de la valse musette au tango. Mais pas que. Place aux surprises et aux découvertes, c'est le credo de ses instrumentistes qui maîtrisent moult musiques du monde et veulent faire voyager loin dans le temps et l'espace les habitués de la ligne 2.

Bénédicte Attali, la "Béné" de l'intitulé, fixe d'emblée l'ambition du Grand POP :
"C'est le bal de ceux qui savent danser, de ceux qui ne savent pas mais qui aimeraient bien essayer, de ceux qui savaient mais qui ont oublié, de ceux qui voudraient bien mais qui n'ont jamais osé, de ceux qui dansaient avant, mais ça fait longtemps..."

Pas de suspense : le programme prévu sera tenu. Après avoir emmené, entre autre, le public et les danseurs en Amérique du Sud et au cœur de la diversité des rythmes européens, Bénédicte se fait didactique : rassemblant, comme elle l'annonçait, ceux qui dansaient et ceux qui les regardaient, elle leur explique le plus simplement possible des danses dont ils ignoraient tout. Petits et grands, fins guincheurs et patauds badauds font cercle et s'amusent ensemble et multiplient rondes et alignements. Ils feront corps joyeusement, totalement dépaysés. Parfois Irlandais ou Bretons, guidés par le violon de Caroline Mège - une violoneuse virtuose - et l'accordéon chanteur de Clément Robin.

Dans ce tourbillon musical cosmopolite, il faut souligner la qualité des arrangements. Les musiques traditionnelles ou actuelles s'égrènent et les six partenaires n'ont pas besoin de s'emparer à chaque changement de morceau des instruments propres à chaque région ou chaque pays. la guitare de Rémy Gauche, la basse de François Thouvenot et les percussions de Pierre-Jules Billon savent s'unir au violon ou à l'accordéon. Evidemment, leur revanche sera rock, avec un "Be Bop a Lula" notable.

Ce "Bal à Béné" ne faiblit jamais. Les passages interactifs dans lesquels Bénédicte mène la danse sont, il faut le répéter, parfaitement réglés et contribuent à fédérer tous les publics, à désinhiber ceux qui se tenaient en retrait. Résultat incontestable : personne ne quitte plus la piste et le final, qu'il ne faut pas dévoiler, galvanise tous les participants à ce moment de partage collectif.

Chacun, néophyte ou aficionado, partagera une pensée commune : ne pas rater le prochain "Bal à Béné". Qu'ils se rassurent : avant qu'il revienne la saison prochaine au 104, le Grand POP animera d'autres bals sous d'autres cieux et en explorant d'autres aspects de son riche répertoire.