Avant de parler du dernier opus de Death Cab For Cutie, pour être totalement transparente, je signale que je manque totalement d’objectivité. Je suis fan depuis près de 25 ans et son leader, Ben Gibbard, est un dieu vivant pour moi. Je pourrais faire une liste des meilleurs songwriters de l’histoire, Ben est de toute façon au-dessus, à part. Que ce soit au sein de Death Cab, The Postal Service, ou en solo.
J’ai assisté à plein de concerts dans toutes les formations depuis un Glazar’t au début des années 2000 (ils avaient littéralement mis le feu) en passant par l’Alhambra, le Café de la Danse, le Eventim (anciennement Hammersmith) Apollo à Londres…
Et comme je vis à Londres, la chanceuse que je suis a même assisté en avril dernier à une conversation d’une heure entre Ben et Norman Blake (Teenage Fanclub). Ben expliquait qu’il écrivait beaucoup (on sait que près de 90 morceaux ont été écrits pour ce disque… le gars est productif) et qu’il a un problème avec la consommation musicale actuelle où tout le monde sort des singles, au lieu de sortir des albums. "Un album est un statement". J’ai toujours eu du mal avec la traduction de mot, mais c’est un vrai acte avec une signification : le choix des morceaux, leur ordre…
J’avais aussi décidé de ne pas écouter le single "Punching the Flowers" quand il est sorti car lors de sa conversation avec Norman Blake, Ben avait expliqué qu’il n’écrit pas de single et que c’est quelqu’un d’autre qui décide, une fois l’album terminé, quels morceaux seront des singles.
Est-ce le meilleur album de Death Cab ? Je ne les classe pas donc je ne saurais pas le dire mais chaque morceau est ce que Death Cab fait de mieux. Morceaux et lignes choisis :
On commence par "Full of Stars" qui ouvre l’album. Dès les premiers accords, je me suis sentie soulagée de les retrouver, sensation confirmée par la voix de Ben Gibbard. Un morceau calme avec un refrain très entêtant "All I need is for you to be kind but it seems it’s rarely worth your time".
"Punching the Flowers", morceau… punchy, et premier single choisi. Il me fait penser à "Titles and Registration" sur Transatlantism. "Pep Talk" qui enchaîne ferait aussi un bon single tant il sonne comme un classique. Un jour, il y a plus de 20 ans, quelqu’un à qui je faisais découvrir le groupe m’a dit : "DCFC, c’est de la pop haut de gamme". C’est toujours vrai. A écouter quand on a du mal à sortir du lit : "giving myself a pep talk to survive the day ahead"…
"I built you a tower" donne son titre à l’album mais c’est un morceau schizophrène. Côté pile (a), la naissance des sentiments amoureux, un peu exclusifs, un peu obsessionnels. Côté face (b), l’obsession en est devenue malsaine. Ce sont en fait deux morceaux, le premier tout en accords majeurs, le second, en mineurs et très inquiétant. Il clôt d’ailleurs l’album. Aussitôt terminé on n’a qu’une envie, réécouter depuis le début.
Ben réfléchit beaucoup – il court d’ailleurs des ultra-marathons, ce n’est sans doute pas une coïncidence – le mot "ruminations" revient sur beaucoup de morceaux : sur "Envy the Birds", ils nous dit : "Speak with no words, no one gets hurt […] it’s safer when it’s quiet".
Le morceau "Stone over Water" est vraiment une lutte mentale, intérieure et cachée "In my mind there’s a fog San Francisco couldn’t handle […] I’m trying to hold it together […] Telling my friends I’m alright […] Trying to take the first step". Quand on se sent submergé mais qu’on tient bon et qu’on essaie de ne pas couler… Sur "Riptides", incapable de prendre une initiative ou une décision "Too tired to talk, too tired to end the war".
Les pièges du cerveau et un retour en enfance (qui reste en travers de la gorge) avec "The Flavor of Metal" ou la peur de lames de rasoir dans les paquets de bonbons et comment le goût du métal reste… pour moi une métaphore sur l’anxiété "I try to hide from the rainfall inside of me but storms they never seem to end […] I just take a little faith but nothing happens every time I pray".
"How heavenly a State" est celui que j’ai le plus hâte de voir en live parce que lui aussi sonne comme un classique "Death lingered in your doorway"… peut-être le morceau le plus sombre !
Une petite pause s’opère néanmoins avec "Trap Door", clin d’œil sucré aux années 80 avec le synthé qui va bien "There’s trap door in your heart and I’m freefalling through". Moi aussi je suis tombée dans le piège Death Cab for Cutie. Ça fait un quart de siècle et je n’ai aucune envie d’en sortir.
L'album I built you a tower est disponible depuis le 5 juin. En tournée européenne cet automne qui s’achèvera le 3 octobre à Paris.
