C'est avec un grand plaisir que j'ai pu échanger avec Thibaullt Wolf pour parler avec lui de musique et de son actualité. Mais pas que.
Thibault est un artiste trop peu connu à mon goût et j'espère que cela va te donner envie d'en connaître à son sujet. Il a été disponible et je l'en remercie. Je te laisse découvrir cet échange avec l'auteur de Jardin Astral sorti il y a peu chez Korzéam Production.
Première question qui est toute bête, est-ce que tu peux te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?
Thibaullt Wolf : C'est toujours extrêmement dur de se présenter. Je suis chanteur, normand, trentenaire, bientôt quarantenaire, là, dans un coup de semaine. Je suis un artiste. Qu'est-ce que je peux dire ? Je suis autodidacte aussi, j'ai pratiqué la guitare dans l'adolescence, puis c'est ce qui m'a donné envie, à force de reproduire des morceaux, de créer aussi. Et c'est tout un cheminement qui m'a amené à être maintenant auteur-compositeur depuis une dizaine d'années, puis d'en faire mon métier parallèlement à d'autres projets.
On va imaginer que tu as une baguette magique et que tu as le pouvoir d'aller soit en studio, soit jouer sur scène, soit répéter, peu importe, avec l'artiste de ton choix, vivant ou mort, avec qui aimerais-tu jouer ?
Thibaullt Wolf : Jouer en studio ou sur scène ? Un artiste mort, c'est mieux, parce qu'il y a plus de magie. Sur scène déjà, Jim Morrison, parce que ça peut être marrant de faire un duo avec Jim Morrison, des Doors, sur leur plus grosse scène, Madison Square Garden peut-être.
Est-ce qu'il y a un artiste, après l'avoir vu sur scène, en concert, après avoir acheté un album, vu un clip, peu importe, où tu t'es dit, c'est ça que je veux faire dans la vie et c'est ce vers quoi j'ai envie d'aller ?
Thibaullt Wolf : Je ne pense pas que c'est le fait d'avoir vu des artistes sur scène, c'est plus l'écoute en fait. J'ai assisté à des concerts, mais plus tard, quand j'avais déjà l'envie.
C'est plus l'écoute. Là, tu veux un artiste en particulier ?
Non pas forcément.
Thibaullt Wolf : C'est plus d'écouter des albums qui m'a donné envie de faire de la scène. Après, je n'ai pas vu énormément de concerts, puisque je suis souvent en concert. Après, j'aime beaucoup en live Ange, avec Christian Décamps, que j'aime beaucoup sur scène. C'est un mec avec un côté théâtral aussi. Je pense que ce sont des groupes qui donnent envie aussi de faire de la scène.
Comment tu composes ? Est-ce que tu composes tout seul ? D'où vient ton inspiration pour écrire les paroles ?
Thibaullt Wolf : Je compose à la guitare chant essentiellement, seul effectivement, à l'intuition, au tâtonnement. Cela me fait une base guitare chant.
Sur cet album, il y a eu plusieurs arrangeurs. Je bosse avec un arrangeur, il y a eu Marion Lemonnier, c'est une Honfleuraise. Je ne fais pas vraiment de MAO, de musique assistée par ordinateur, je ne sais pas faire ça. Je travaille avec des arrangeurs qui le font très bien. Ensuite, il y a quelques modifications en studio avec les musiciens.
Et puis, sur les paroles, il n'y a pas de recettes forcément non plus. L'inspiration. Si je regarde sur les 12 titres. Le premier, "Courage", m'est venu sur une citation d'Alain Bachung. "Le B.a bar", c'est un peu un hymne au bar. Tu vois, mon expérience dans les bars la nuit, d'aller en solitaire dans des bars.
"Comme par magie", c'est un alchimiste qui m'a inspiré ça. Il s'appelle Patrick Burensteinas. Il est appréciable à écouter parce qu'il pratique le langage des oiseaux.
Et c'est plein de jeux de mots dans la langue française. Et ça m'a inspiré une chanson.
"Les amants de la colline", ça, c'est une légende. Moi, j'ai grandi sur la colline des deux amants. C'est une colline qui abrite une légende populaire. Et "tout bêtement", j'ai fait une chanson là-dessus. "Enchanté" est parti sur une citation d'Alphonse Allais. Après, je brode autour d'une citation. Pareil pour "La vérité prend l'escalier". C'est une citation : "Le mensonge prend l'ascenseur, la vérité prend l'escalier".
Le dernier morceau qui s'appelle "Ralentir", a pour sujet de ralentir pour retrouver un certain émerveillement, avec un regard plus doux sur les choses et une meilleure façon de vivre.
Ton album est sorti chez Korséam Production. C'est de l'autoproduction ? Parce que tu a fait un EP Korséam, ou je me trompe complètement ?
Thibaullt Wolf : Oui, c'est ça. Korséam Production et je crois que tout bêtement, je ne trouvais pas de titre pour l'EP.
Cela veut dire que tu es sur tous les fronts : composition, interprétation, production. Et après, tu fais ton booking aussi tout seul ?
Thibaullt Wolf : Je suis aidé un peu. Mais oui, essentiellement je suis seul.
Ça te prend 100% de ton temps ?
Thibaullt Wolf : Non, parce que j'ai d'autres projets à côté de reprises. J'ai encore du temps. Et d'ailleurs, je suis en train de faire un nouveau projet.
Je voulais savoir comment tu utilisais les réseaux sociaux, si c'était pour toi un outil qui coulait de source, et quelle est ta perception des réseaux sociaux par rapport à ta musique ?
Thibaullt Wolf : Il y a YouTube. Est-ce que c'est un réseau social ? Je ne sais pas. J'aime bien, on peut prendre ça comme un jeu aussi. Les réseaux demandent une certaine rigueur, que je n'ai pas toujours. Au départ, j'étais réfractaire. Par boycott, et puis on s'y met, parce que c'est la marche à suivre. Parfois j'aime bien, et puis d'autres, en ce moment, ça me gave un peu. Ce qui est bien, c'est qu'effectivement, il n'y a pas d'intermédiaire. On est le média. On a un contact direct avec les gens, ça, c'est bien.
Mais on est sur des grosses multinationales. Et pendant ce temps, tout le tissu des médias de proximité s'effrite et disparaît. Mais on est pris dans ce truc-là, et c'est compliqué.
Comment tu réagis quand tu as des critiques négatives ? Est-ce que tu arrives à t'en détacher ?
Thibaullt Wolf : C'est très rare, ça m'est arrivé. Oui, mais c'est très, très rare. Effectivement, on les retient. Moi, ça me fait rire. Après, j'essaie de réagir sur le même ton. En général, ça ne vole pas haut. On ne connaît pas toujours l'âge des gens qui écrivent. On aurait un autre regard, je pense, sur les critiques si on connaissait les âges. C'est aussi le règne du faux. On le voit maintenant avec l'IA.
Ce sont des trolls ! Il m'est arrivé une fois de mettre un gros mot sur un chat. Ça m'a fait rire. C'était débile. Tout ça pour dire que ça n'a pas trop de valeur. Il y a Julien Doré qui faisait ça, qui répond avec humour. Un peu de sarcasme, toujours poli.
Revenons à la musique. J'ai vu que Jardin Astral est sorti en vinyle, si je ne me trompe pas.
Thibaullt Wolf : Oui, c'est le premier.
Est-ce que l'objet en lui-même est important ? Est-ce que tu attaches une importance aux albums, que ce soit vinyle, CD, pourquoi pas cassette ? Ou est-ce que ce qui prime pour toi, c'est la musique et que ta musique voyage ?
Thibaullt Wolf : J'ai acheté une BD de Blueberry hier. J'avais envie de le lire et j'ai trouvé sur Internet les scans en archive, sur un site officiel archivé. Mais c'est sur PC. J'ai été à la médiathèque, je n'ai pas trouvé. Alors j'ai acheté.
Tout ça pour dire que c'est la même chose avec la musique, j'imagine. Mais évidemment, moi, j'ai grandi avec les CD aussi. C'est vrai qu'après, ce serait intéressant de se mettre dans la peau de quelqu'un qui n'a pas connu les CD. Pour comprendre leur rapport à ce mode de consommation. Mais après, tu me demandes si j'aime bien le streaming ?
L'idée, est de savoir quel rapport tu avais avec l'objet. Quand tu fais un vinyle, est-ce que pour toi c'était important ?
Thibaullt Wolf : C'est le premier que je fais, c'est l'occasion, parce qu'on voit bien qu'il y a un essor depuis quelques années, de toute façon. Puis on le voit dans les magasins aussi, où ça dépasse le CD. Donc, c'est l'occasion, oui, de vendre un objet. Évidemment, c'est mieux, c'est indépendant. Ça suffit à lui-même, à part qu'il faut, évidemment, avoir une platine vinyle. Mais c'est un mode de consommation.
Qu'est-ce que je peux dire ? Je ne consomme pas en streaming, je suis mal placé pour en parler. En plus, je boycotte certains trucs. Spotify par exemple. L'album, je ne l'ai pas mis sur Spotify, ni Amazon.
Je ne l'ai pas trouvé sur Bandcamp non plus.
Thibaullt Wolf : Non, ça, je ne me suis jamais mis. A priori, je ne connais pas trop le fonctionnement, mais je crois que c'est pas mal.
Je voulais savoir un petit peu quelle était ton actualité dans les semaines, mois à venir en termes de concerts.
Thibaullt Wolf : J'ai mis des dates aujourd'hui des concerts en ligne aujourd'hui.
Tu vas en Allemagne ?
Thibaullt Wolf : Oui.
Tu vas te promener un petit peu ?
Thibaullt Wolf : Oui. Je l'ai déjà fait un petit peu comme ça de temps en temps, mais cette année, plus particulièrement, pour se lancer des nouveaux horizons, des nouveaux "défis". Sinon, on s'ennuie. Je ne connais pas non plus des tonnes d'artistes, mais il y en a peu qui vont dire "je fais de la musique juste pour faire un album et je ne veux surtout pas aller sur scène et je ne veux surtout pas bouger".
Si tu dois présenter ta musique, tu la présentes comme quoi ? Comme de la pop ? Tu te sens dans quel mouvement, si on peut appeler ça comme ça ?
Thibaullt Wolf : Je pense que si on est précis, ce serait indie-pop-rock. Moi, j'ai beaucoup écouté de rock des années 60, 70 : Led Zeppelin, les Doors, Nirvana aussi dans les années 90. Beaucoup de chansons françaises comme Ange. Ça ressort forcément. Jacques Brel aussi. Donc chansons pop-rock. Il y a de l'électro un peu sur cet album. Il y a des synthés électro.
Justement, Jacques Brel, pourquoi tu as repris ce titre-là ? Est-ce que c'est parce qu'il est le plus emblématique de Jacques Brel ou parce que c'est le titre que tu aimes le plus ?
Thibaullt Wolf : Toi, tu penses que c'est le plus emblématique ?
Je ne sais pas, justement. C'est vraiment la question.
Thibaullt Wolf : Je dirais que c'est un des plus connus, en tout cas. Est-ce qu'il est emblématique ? Je ne sais pas, mais c'est un des plus connus. Il a une histoire particulière. Je pense que c'est ma préférée. Elle est particulière dans le sens où quand je l'interprète, il n'y a pas d'autre choix. C'est une montée en intensité. C'est un espèce de tourbillon où il y a le tempo qui augmente. On est pris vraiment dans le truc physiquement. Il y a toujours l'émotion forte en dehors des paroles.
J'avais envie de faire ça depuis longtemps, donc je l'ai fait. Qui n'a pas déplu à la fille de Jacques Brel. Il faut demander les autorisations. C'est une reprise quelque part. C'est un vieil air médiéval. Attribué à un roi anglais.
C'est de l'histoire dans l'histoire de la chanson. C'est intéressant. J'ai une question qui est très naïve, parce que je ne fais pas de musique. Quand on fait une reprise comme ça d'un artiste qui est connu, est-ce que tu as une appréhension de la comparaison ou est-ce que tu te dis : "je vais faire ma version à moi et je ne me pose pas de questions" ?
Thibaullt Wolf : Je fais le truc, après le résultat... Ce que les gens pensent... Je le fais pour moi au départ. J'essaie de le faire le mieux possible. De toute façon, je sais très bien qu'il y a une parenté. Même si je ne m'en rends pas compte, il y a une parenté vocale avec Brel, évidemment. Je l'ai beaucoup écouté. À l'instant où je l'ai fait, j'ai donné ce que j'avais de meilleur. Je suis content d'avoir fait ça.
Là, il n'y avait pas ce côté imitation de Jacques Brel.
Thibaullt Wolf : Pour moi, c'est ça qui est toujours très compliqué quand on fait une reprise. Quand on l'écoute, en tout cas. Il faut se dire que c'est une reprise.
On va imaginer que ton ou ta meilleure amie doit partir pour une longue période. Tu sais que tu ne vas pas le ou la revoir avant un long moment. Et tu veux lui offrir un cadeau, un livre, un disque, une œuvre d'art, pour qu'à chaque fois, cette amie se rappelle de toi. Qu'est-ce que tu offrirais ?
Thibaullt Wolf : Il faut une œuvre qui... C'est compliqué ça. Que la personne se dise quand elle va la voir, ça c'est lui. Il y a les œuvres que j'aime. Je ne sais pas si elles me ressemblent forcément. Comme ça... Je ne sais pas. Je pense au film "Un jour sans fin". C'est un film que j'ai découvert assez récemment. Ça m'a fasciné. Il y a un mélange de genres entre l'humour et c'est un peu un conte philosophique. Et j'aime bien tout le hors-champ du film. Tout ce qu'on s'imagine.
C'est ainsi que nous avons conclu ce moment d'échange, Thibault Wolf et moi. Tu sais ce que je vais dire : maintenant il faut aller découvrir cet artiste si tu ne l'as pas déjà fait.
