Frédéric Soulard, c’est un peu l’homme de l’ombre, celui dont on ne fait pas vraiment attention et qui tient pourtant une place importante, comme claviériste (Limousine, Maestro, Asynchrone…) ou réalisateur d’albums (Radiate de Jeanne Added, Back to the Moon de Thomas de Pourquery…).

Avec Get High, Frédéric Soulard révèle pleinement son identité artistique. À l’écoute de cet album, on imagine aisément le musicien s’éloignant du tumulte du monde pour trouver refuge à Ailefroide dans les hauteurs du massif des Écrins, au cœur d’une nature majestueuse et silencieuse. Cette image n’a rien d’anecdotique : elle éclaire la profondeur d’une œuvre qui semble naître d’un dialogue permanent entre l’homme et son environnement.

Sa musique, entre ambient, électro et pop est tout en intériorisation, comme lorsque l’on marche seul sur les sentiers, seul face à soi-même, seul face à la montagne et à l’effort. Avec forcément quelque chose de la respiration intérieure, de la spiritualité. C’est une façon d’aller dans la matière sonore, dans les atmosphères, sans recherche de structures établies, quelque chose de très organique, cette matière sonore étant presque palpable.

Mais s'il y a quelque chose de très intériorisé, Frédéric Soulard est capable aussi de donner à sa musique une grande profondeur de champ, ouvrir de vastes horizons sonores, comme face à ses belles montagnes, notamment grâce aux développements des mélodies, aux nuances et aux choix des timbres, dans les voix invités de Piers Faccini ou Frànçois Atlas également. La musique avance comme une marche en montagne : lente, exigeante, parfois solitaire, mais toujours porteuse de découvertes, éloge d’espaces que nous n’occupons pas mais qui s’imposent à nous, dans l’infiniment grand comme l’infiniment petit. Il célèbre aussi les espaces que nous traversons sans toujours les voir : les silences, les respirations.

Un magnifique album introspectif, comme une quête de lumière, beau, fascinant comme les gestes graciles, élastiques de Patrick Edlinger, Toni Yaniro ou Catherine Destivelle, ces alpinistes qui transforment chaque ascension en expérience poétique.