Réalisé par Charlie Polinger. Thriller. 1h35. Sortie le 3 juin 2026 avec Joël Edgerton, Everett Blunck, Kayo Martin, Kenny Radmussen.
Pour son premier film, Charlie Polinger a marqué son territoire : celui d'un récit initiatique original qui ne cherche jamais à séduire son spectateur.
Il faut, dans un premier temps, accepter un cinéma théorique qui ne se soucie jamais d'arrondir les angles, absorbé qu'il est dans la construction, plan après plan, d'un climat étrange dont on ignore s'il va ou non déraper vers le fantastique, voire l'horreur.
Au départ, l'univers bleuté d'une piscine ne paraît pas particulièrement oppressant. Mais, dès le premier plan de "The Plague", il en est tout autrement. Les pré ados, qui suivent un stage de water polo, sont tous droits dans l'eau. Mais on ne voit pas leur tête. Une forêt de jambes qui cherchent à se maintenir en équilibre, ce n'est pas commun et cela annonce un climat particulier pour que naisse une histoire elle aussi imprévisible.
Que va-t-il advenir au jeune Ben qui vient participer à une activité apparemment récréative et qui va vivre une expérience inattendue et qui peut menacer son intégrité physique et mentale ? Quel jeu joue leur entraîneur bougon et lunaire qui voit (peut-être) les choses aller à la dérive sans vraiment s'impliquer pour les prévenir ?
Rarement de jeunes garçons -le casting étant exclusivement masculin - n'auront été si justes pour leurs débuts à l'écran. C'est le cas d'Everett Blunck dans le rôle de Ben qui observe la situation avant peu à peu de s'y jeter à corps perdu, à ses risques et périls. Son camarade discriminé, ostracisé, accusé d'être porteur de la "peste" par ses petits copains, est également bluffant. Il emporte la conviction dans sa bascule, feinte ou réelle, vers la folie. Il aurait pu en faire des tonnes, tomber dans la caricature mais, bien dirigé par Charlie Polinger, il reste toujours juste. Autant que le "beau gosse", Jake (Kayo Martin), chef des harceleurs qui va se déchaîner contre Ben quand celui-ci portera secours au pseudo-pestiféré.
Comment tout ça peut-il évoluer ? Polinger prépare-t-il une fin tragique, sanglante, à l'image du "Carrie" de Brian de Palma ? Un scénario qui irait à la facilité gore lui permettrait une plus grande efficacité. Mais, on se doute que ce néo-réalisateur, sur lequel il ne faut pas hésiter à parier, ne mangera pas de ce pain-là.
Il est plus subtil et il a en Joël Edgerton un des comédiens étasuniens les plus doués, quelqu'un qui n'a pas encore tout montré et qui, ici, trouve un rôle à la mesure de sa complexité.
"The Plague" traite parfaitement, et de manière très personnelle, le thème du délicat passage de l'enfance à l'adolescence. Le film a des défauts, certes, mais il annonce qu'il y a encore un cinéma indépendant, libre et sans petits arrangements, au pays de Donald Trump.
