Avec le saxophoniste Julien Ndiaye, c’est toujours une histoire de balance. Balancer entre recherche d’une esthétique personnelle et fortes influences : Wayne Shorter, Dexter Gordon, Miles Davis et naturellement John Coltrane dont Julien Ndiaye consacrera un disque : Jultrane plays John.
Une influence omniprésente puisque Coltrane, avec Miles Davis est de nouveau au coeur de son nouveau disque ("So what", "All blues", "Blue train", "Flamenco Sketches", "Seven steps to heaven", "Syeeda’s song flute", "Milestones") enregistré avec Renaud Gensane à la trompette, Cyril Galamini au trombone, Gabriel Pierre à la contrebasse, Frédéric D’Oelsnitz au piano et Laurent Sarrien à la batterie (avec également en invités Monika Kabasélé au chant et Christian Altehülshorst au bugle). Reste encore cette histoire de balance entre révérence et totale réappropriation. Difficile équation. Mais Julien Ndiaye et ses amis font bien mieux que simplement ménager la chèvre et le chou, ils parviennent à insuffler à ces morceaux mythiques entrés dans l’Histoire de la musique jazz, une partie d’eux.
L’ensemble se distingue par une maîtrise instrumentale indéniable et une compréhension profonde des codes du jazz modal et post-bop. Les arrangements révèlent une volonté de s’approprier les œuvres originales plutôt que de les reproduire à l’identique. Cette capacité à injecter une part de leur propre langage dans ces compositions historiques constitue la principale réussite du projet.
On peut toutefois s’interroger sur une certaine retenue esthétique. Là où le matériau appelait parfois davantage de prise de risque, de rupture ou d’audace sonore, le groupe privilégie souvent une fidélité aux textures et aux références des années 1960. Un geste plus radical aurait sans doute permis d’élargir encore le spectre émotionnel et contemporain du disque.
Mais cette réserve n’efface pas l’essentiel : l’ensemble signe un travail cohérent, élégant et musicalement abouti, qui rappelle qu’en jazz, la transmission n’a de valeur que lorsqu’elle devient création.
