"Pour connaître l’obscurité, plongez-vous dans l’obscurité" Wendell Berry

Dans la famille Radiohead, je voudrais le guitariste. Pas Jonny Greenwood, l’autre. Celui qui n’est jamais vraiment dans la lumière, celui que l’on oublie souvent de citer quand on est dithyrambique sur la musique de son groupe. Ed O'Brien. Il faut dire qu’il cultive une certaine discrétion, le guitariste a pourtant toujours été l’un des architectes essentiels de l’identité sonore du groupe anglais.

Ce deuxième album solo tire son nom du célèbre papillon bleu d’Amérique du Sud, symbole de transformation et de renaissance. Un choix loin d’être anodin : Blue Morpho est né après une période de dépression traversée par le musicien pendant les années de pandémie. O'Brien a expliqué avoir utilisé la musique comme une forme de thérapie quotidienne, s’isolant plusieurs heures chaque matin pour jouer de la guitare et retrouver un équilibre intérieur.

Cette quête de guérison irrigue tout le disque. L’esthétique d’Ed O'Brien repose ici sur une approche sensorielle et spirituelle de la musique : textures aériennes, guitares hypnotiques, orchestrations délicates et atmosphères presque méditatives. Très loin du simple projet parallèle d’un membre de Radiohead, Blue Morpho apparaît comme une œuvre profondément personnelle où la nature, les paysages gallois et les influences brésiliennes deviennent des éléments narratifs à part entière.

Blue Morpho semble s'être construit naturellement, au gré de rencontres et des hasards (en Estonie avec le compositeur Tõnu Kõrvits, qui a arrangé les cordes, Shabaka Hutchings à Glastonbury, Paul Epworth, Awsa Bergstrom…) mais repose également sur Dave Okumu à la guitare, Nick Ramm aux claviers, Crispin Robinson et Phil Selway (reconnaissable presque immédiatement) aux percussions et à la batterie.

Musicalement, O'Brien mélange pop hypnotique, folk psychédélique, ambient, trip-hop et textures électroniques avec une élégance remarquable. Des morceaux comme "Incantations" ou "Sweet Spot" évoquent parfois l’univers de Radiohead, notamment dans leurs harmonies flottantes, leurs rythmiques souples ou dans le chant très influencé par Thom Yorke mais sans jamais tomber dans l’imitation. Ici, tout semble guidé par la recherche d’espace, de respiration et de lumière.

Un album subtil et captivant, porté par une grande maitrise dans l’écriture et la façon d’agencer, d’organiser les chansons, par une belle sensibilité artistique.