Réalisé par Yegor Troyanovsky. Comédie. 1h33. Sortie le 27 mai 2026 avec Yulia Sidorova et Oleksandra Lysytska.

C'est moins glamour que "Thelma et Louise"... Quoique...

Comme dans le film de Ridley Scott, il y a deux filles, de l'aventure, de l'amitié... Mais ce n'est pas Hollywood. Plutôt le front ukraino-russe et Cuba et Alaska, ce sont les surnoms de deux solides ambulancières ukrainiennes qui se sont engagées au cœur de la mêlée. Pas forcément par amour du danger, pas forcément pour tromper le quotidien de deux jeunes femmes qui auraient dû vivre la morne vie numérique des filles de leurs générations partout en Occident.

Non, elles ont réagi à la situation que vivait leur pays. On peut les dire patriotes, mais un patriotisme qui ne se résume pas à une leçon bien apprise qu'elles assènent au cinéaste qui les a pris pour le sujet de son film.

Cuba, la brune, c'est Yulia Sidorova. Alaska, la blonde, c'est Oleksandra Lysytska. Qui est le feu, qui est la glace ? Peu importe.

Dans la vie, Cuba est styliste et on le vérifiera lors d'une étonnante séquence parisienne, où elle quitte le champ de bataille pour la "fashion week". Alaska, elle, a étudié la médecine et tâté du journalisme. Ici, elle a de quoi se perfectionner, question médecine de terrain.

Rien ne prédestinait ses deux femmes courageuses à se retrouver sur le front. Elles viennent de milieu plutôt aisés et auraient pu s'épargner ses longues années à côtoyer l'horreur guerrière. Car, en voyant "Cuba et Alaska", on comprendra que cette guerre qu'on dit technologique, où les drones sont rois, sent le sang et la mort, que les nombreux cadavres ne sont pas virtuels.

En suivant de près Cuba et Alaska, Yegor Troyanovsky filme la mort au travail. Et ce n'est pas peu dire que la faucheuse a du boulot ! Autour des deux femmes, les hommes tombent comme des mouches. Et le cinéaste n'a même pas besoin de fictionner son récit : à coup sûr, les personnages qu'on voit au début du film, les compagnons de galère des deux héroïnes, finiront blessés ou morts à la fin... Et, comme on dit, on tremblera souvent pour ces deux attachantes ukrainiennes. Et à raison.

Bien entendu, on pourra voir le film comme un instrument de propagande, produit par Arte, au service de la cause ukrainienne... Objectivement, si l'adverbe a un sens, le réalisateur ne cache pas les destructions russes ni les souffrances de la population adverse. En même temps, il montre que l'armée ukrainienne perd beaucoup d'hommes et de femmes. Rien de trop manichéen, donc...

Il y a quelques mois, sortait "Oksana", film de Charlène Favier, consacrée à Oksana, la jeune femen ukrainienne qui s'est suicidée à Paris où elle peignait. A l'époque où les femen intervenaient en Ukraine, elles s'en prenaient à la masculinité toxique des mâles ukrainiens... Aujourd'hui, Alaska, qui a peut-être fréquenté à Kiev les mêmes milieux artistiques qu'Oksana, vit au milieu de ces hommes, de ces combattants qui ne sont plus présentés négativement comme les machos d'hier...

Puisse la présence parmi eux de Cuba, d'Alaska, et de toutes les autres leur avoir fait comprendre quelque chose sur les rapports hommes-femmes... Histoire que l'on puisse affirmer que "Cuba et Alaska" de Yegor Troyanovsky porte aussi en lui un message féministe, une piqûre de rappel dont les Ukrainiens auront bien besoin quand la paix reviendra...