Mixtape est un jeu australien du studio Beethoven & Dinosaur qui avait déjà sorti l’excellent jeu musical The Artful Escape. Un jeu dans lequel on incarne un prodige de la guitare qui rêve de jouer comme son idole, un musicien folk des années 70.

Un jeu étonnant et original qui mettait en avant la musique au travers d’un jeu narratif dont les inspirations avouées des auteurs allaient de Ziggy Stardust à Wes Anderson. Grandiose.

Le studio, composé d’ailleurs de pas mal de musiciens, évidemment pourrait-on dire, remet ça avec Mixtape leur tout nouveau jeu (sorti en mai 2026).

Cette fois-ci le studio franchit encore un cap (et prend des risques) en proposant un jeu très narratif avec un gameplay qui s’efface presque totalement au profit de la mise en scène.

Balayons tout de suite les critiques : NON en 2026, un jeu n’est pas seulement un machin pour les gosses avec des petits plombiers rondouillards qui sautent sur des champignons. Comme la bande dessinée n’est pas destinée exclusivement à un jeune public.

Et bien c’est pareil dans le jeu vidéo. D’une part, tous les jeux ne nécessitent pas que le joueur est derrière lui une longue carrière de joueur pour en arriver à bout. D’autre part, depuis quelques années maintenant les jeux vidéo portent aussi des messages, traitent de sujets complexes (mais parfois, ce sont des dinosaures qui mangent des champignons et c’est génial aussi).

Bref, non à ceux qui disent : "oh ben c’est un jeu nul car le joueur n’as presque rien à faire". A ceux-là, je ne peux qu’offrir mes sincères encouragements à retourner à votre bac à sable, vos FIFA ou vos COD et laissez les adultes jouer en paix.

Pour ceux qui sont restés, apprêtez-vous à découvrir une pépite, surtout si comme moi la musique des années 80, 90 a bercé votre jeunesse. Inutile de trop en dire sur cette aventure qui se joue en 4 heures et qui se dévore comme un livre, ou plutôt comme un film.

A l’image du roman de Joseph d’Anvers Un garçon ordinaire, Mixtape raconte l’histoire d’une bande d’adolescents qui s'apprêtent à entrer de plain pied à l’âge adulte et qui passe une dernière journée tous ensemble avant d’être séparés par leur choix de vie.

Stacey Rockford a en effet décider de partir pour New York dès le lendemain pour devenir "superviseur musical" (c’est-à-dire choisir des musiques d’illustrations pour des spectacles, des films, des pubs, etc.) et se séparer de ses deux amis de lycée Slater et Cassandra avec qui elle a fait les 400 coups durant leur adolescence.

Il faut dire que Rockford s’y connaît en musique. A tel point que chaque événement dans la vie du groupe est accompagné de sa bande son avec Rockford en maîtresse de cérémonie quasi exclusive.

A travers le jeu, on va donc vivre les dernières heures du trio avec quelques flashbacks sur leurs aventures et une bande son de premier choix pour les accompagner. De Devo à Portishead en passant par Jesus & Mary Chain, The Cure, Lush ou Iggy Pop, la liste est longue et la playlist (la mixtape devrait-on dire) est parfaite, mêlant titres emblématiques ("Atmosphere" de Joy Division) à des titres moins connus (de moi en tout cas) comme le très joli "Shine" de David Gray.

Ce qui est assez atypique dans ce jeu, c’est le parti pris des développeurs de donner la parole aux personnages qui, au fil des chapitres, nous présentent directement chaque titre en s’adressant au joueur.

Les musiques, et là aussi c’est remarquable, ne sont pas que des faire valoir du jeu. Elles sont le personnage principal et chaque chanson est diffusée in extenso dans le jeu sans que trop de chose dans l’action vienne parasiter le moment. Cela permet de marquer chaque moment, de le vivre avec les protagonistes et évidemment de profiter d’une bande son exceptionnelle (comment a fait le studio pour obtenir tous ces droits ? Mystère).

Le jeu, quant à lui, est presque anecdotique. On est quasiment dans un film, à la différence (grande) que nous incarnons les personnages et que nous ne sommes pas passifs face au déroulé de l’histoire. Mais les actions restent minimes, déplacements, choix d’objets, lancement de dialogues et quelques scènes amusantes mais sans challenge de skateboard à travers la ville.

Ce jeu n’est donc pas à appréhender comme un jeu dans lequel on va être confronté à un challenge ou à l'échec, on ne sera pas récompensé de nos exploits sinon en obtenant des trophées au fur et à mesure de l’avancée des chapitres.

Il faut le prendre comme une histoire sur la fin de l’adolescence, sur la fin d’une certaine insouciance, les premiers choix importants de la vie, sur l’amitié et surtout comme un message universel pour tout un chacun qui n’aura pas manqué de vivre d’une façon ou d’une autre ces moments-là.

Emporté par la bande son, chacun avec son vécu s’y retrouvera plus ou moins. Pour ma part, j’ai été ému par ce jeu. Sans doute parce que j’ai moi-même vécu mon adolescence au travers de la musique avec une bande son qui pourrait beaucoup ressembler à celle-là. La fin arrive d’ailleurs bien trop vite à mon goût et appelle une suite. Tout du moins, on a envie de continuer à partager un peu la vie de ces trois-là.

Je vous encourage vraiment à franchir le pas et vivre cette expérience musicale interactive, que vous soyez joueur ou (et peut-être même surtout) amoureux de musique.

Sur ce, je vous dis : "A demain".