Encore un petit nouveau chez Playlist Society qui vient agrandir la liste des essais consacrés au cinéaste de grand talent. Il n’est donc pas surprenant qu’un Tim Burton puisse faire l’objet d’une analyse pertinente de son œuvre.

A la manœuvre de ce petit ouvrage, un peu plus épais cependant que ceux que l'on a l’habitude d’avoir en mains (et pour le même prix par contre) se trouve Elsa Colombani, une critique de cinéma et docteure en lettres et littératures anglophones. Elsa Colombani collabore aussi régulièrement aux pages cinéma de la revue Etudes.

Comment l’adjectif "burtonien" est-il devenu aussi éloquent que "kafkaïen" ou "hitchcockien" ? Est-ce grâce aux héros étranges, femme-chat ou barbier sanguinaire, qui peuplent son cinéma ? À l’esthétique de ses films, aux décors biscornus, en noir et blanc ou couleurs arc-en-ciel ? Ce qui fait la signature reconnaissable entre toutes de Tim Burton est sa filiation incontestable avec le gothique. Le cinéaste américain s’empare des codes littéraires et cinématographiques du genre, décline sans relâche le mythe de Frankenstein, croise l’humain et le monstrueux pour décrire un univers machinique, dont il faut s’extraire pour survivre. Tandis que les frontières entre la vie et la mort se brouillent, que passé et présent se confondent, que la comédie devient horrifique et l’épouvante drôle, la création émerge comme le seul moyen d’existence possible.

Ce qui se ressent dans un premier temps à la lecture de ce formidable ouvrage, c’est la passion pour Burton qui anime l’auteure. A cela s’ajoute une maîtrise du cinéaste qui ne laisse planer aucun doute. Elsa Colombani connaît Burton parfaitement. Elle nous embarque donc dans une exploration totale de tout son univers sans laisser sur le chemin un de ces films, comme s’il n’y avait pas grand-chose voire rien à jeter des ses productions. Evidemment, elle porte un regard et une analyse plus attentive sur certains films qui reviennent souvent dans le livre, comme Edward aux mains d’argent, particulièrement utile pour définir et comprendre le travail de Burton ainsi que ses nombreuses influences.

Encore une fois, c’est le cas dans les ouvrages de Playlist Society, l’ouvrage nous permet de mieux appréhender des cinéastes que l’on connaît (un peu parfois) avec le spectre de ses influences, de sa manière de produire son œuvre. Au final, on finit par voir d’un œil différent ses films, que l’on a souvent très envie de revoir au passage.

On se rend vite compte que les références sont nombreuses dans les films de Burton, qu’il n’hésite pas non plus à rendre hommage à ceux qui le fascinent. Les analyses faites par l’auteur sont extrêmement documentées montrant la richesse du travail de Burton et quelque part aussi qu’on peut quasiment le qualifier de génie tant son travail et son œuvre sont incroyables.

Cohérence, esthétisme et gothique sont un peu les mots clé de l’univers de Tim Burton que nous analyse l’auteure dans un ouvrage dense mais accessible qui ravira les fans de la première heure mais aussi tous les curieux qui souhaitent mieux connaître et comprendre Tim Burton.