"Dis-moi comment tu racontes, je te dirai à la construction de quoi tu participes" Isabelle Stengers.
Le métissage, la transversalité, le free jazz les musiques répétitives, tribales sont au coeur de la musique du violoniste Clément Janinet. Un ADN comme une marque de fabrique, une signature sonore.
Ce Garden of silences enregistré avec Ambre Vuillermoz à l’accordéon, Robert Lucaciu à la contrebasse et Arve Henriksen à la trompette est une histoire d’alchimie sonore. La terre nourricière de ce jardin, c’est la musique baroque, des fragments, des cadences, quelques lignes mélodiques, du contrepoint, se cachant dans les détails.
Et puis quelque chose des musiques traditionnelles, le nyckelharpa joué par Clément Janinet apportant cette couleur si particulière. Enfin des relectures plus ou moins parcellaires de Marin Marais ("Musette"), Buxtehude ("Garden hosts mystery", "Repetitive Cantum"), Cavalieri ou Dowland ("Interludes"), et même de Janinet lui-même ("Third Meditation", "In the Head").
Une lumière particulière se dégage de ce disque dialogue, de ces jeux de timbres, d’écriture et d’improvisations. Quelque chose de troublant touchant à l’intime. Est-ce que cela vient de la sensibilité apportée par Ambre Vuillermoz ? De la trompette aérienne d’Henriksen ou du phrasé tout en fluidité de Robert Lucaciu ? Du violon "magique" de Janinet ? Du rapport des uns avec les autres, de ce partage, de cette écoute, de ces lignes mélodiques, rythmiques qui volent de l’un à l’autre ("Transformations", "Repetitive Cantum"…) ?
On a tellement besoin de ce genre de disque où tout est est joué avec tant de finesse, de subtilité et de poésie. Superbe.
